Une alternative en faveur de la participation des habitants

La boulang’ : Résidence d’architectes

On ne compte plus aujourd’hui, quel que soit le domaine, les initiatives spontanées où les frontières strictes dans la chaîne de production s’estompent. De l’agriculture à l’informatique, des démarches comme celle des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP), les Fab Lab (Fabrication laboratory), ou le concept du Logiciel Libre (1983) qui déboucha sur les premières licences libres, sont autant de mouvements qui proposent au plus grand nombres de regagner une forme d’indépendance vis-à-vis d’un environnement devenu très (trop) cloisonné. Face aux enjeux économiques, sociaux, et environnementaux auxquels nous allons devoir faire face dans les années à venir, la possibilité de produire un cadre habité durable, donc capable d’évoluer, de s’adapter, doit être un objectif à atteindre. La ville durable, doit donc inclure ces habitants dans un processus d’échange, de mise en commun des savoirs et des expériences pour gagner en résilience.

Dans le domaine de l’urbanisme et de l’architecture, les temps des projets s’inscrivent sur de longues durées. A telle points que pour un observateur extérieur, il peut sembler que la ville se fasse d’elle-même, soutenue par des acteurs sur lesquels il est difficile d’influencer. Appliquer a ces domaine de compétence ce sont les démarches participatives qui tante de retisser un dialogue, entre les différents différent acteurs de la ville : habitants, élus, techniciens et concepteurs. Ces démarches ne sont pas nouvelle, c’est dans les années 70 qu’elles apparurent. Ils s’agissaient alors, des mouvements de contestation faces des projets de ville dans les quelle les habitants ne ce retrouvaient pas. Si dans ces premières démarche les habitants étaient porteurs d’une volonté de changement et des échanges qui en résulte ; aujourd’hui ce sont les instances politiques qui sont les principaux demandeurs de ces initiatives. On assiste donc a un retournement de situation.

Initialement ces démarches s’inscrivaient dans des contextes urbains de grandes agglomérations au fort développement. Ces dernière année ce types d’initiatives ce développent également dans les communes rurales en répons au phénomène de périurbanisation. Les villages s’étendent alors que leurs centre-bourgs s’éteignent. Comment ces démarches participatives s’inscrivent sur ces territoires ruraux et faces à des populations qui ne l’ont pas demandées ?
Pour approcher au plus prête l’ensemble des réponses soulever par ces questions la réflexion s’appuieras sur l’observation d’un démarche originale : La Boulang’ à Pérignat-sur-Allier.
Pérignat-sur-Allier, village à proximité de l’agglomération Clermontoise, est confronter aux problématique de désertification de sont centre-bourgs tandis que sa périphérie n’a cessé de s’étaler ces trois dernières décennies. Depuis trois ans la municipalité a initié une démarche expérimentale et atypique, reposant sur les principes d’une résidence d’architectes et d’urbanistes au coeur du village. La
Introduction Boulang’ est un lieu supportes d’échange et de rencontre entre ces professionnel et les habitants.
Pour comprendre l’origine de cette démarche nous nous intéresserons au contexte territorial qui a vue l’émergence de cette initiative. Et nous replacerons ensuite quelle que repaire historiques concernant l’évolution des mouvements participatifs en France ; de leurs émergences en tant que moyen de contestation jusque à leur institutionnalisations.

Puis l’élaboration d’une chronologies de la Boulang’ permettra d’évoquer la genèse de ce processus, les différent temps de cette démarche. Cette observation permettra de mettre à jours les premiers résultats de ce processus.
L’ensemble de ces remarques permettra d’identifier les leviers et les limites rencontrer au coure de cette expérimentation. Ces élément d’analyse ne son évidement pertinent que dans le cadre de cette expérimentation, et ne peuvent en aucune cas être généraliser, du fait de l’importance du contexte, des acteurs intervenants, et de la variété des actions pouvant être entrepris dans ces situations.
La démarche a été approché au cour d’un stages de deux mois à la Boulabg’ lors de la seconde résidence, durant l’été 2012. L’étude c’est poursuivit toutes au long de l’année universitaire 2012-2013, en continuant à participer aux temps fort de la démarche en temps qu’observateur-acteur.
Ce travaille cherche à cerner les conditions qui ont conduit a l’élaboration de la démarche de la Boulang’ ainsi qu’a porter un regard objectif sur les actions qui y ont été menées. Dans une moindre mesure il sera traité des différentes orientations que pourrait prendre cette démarche. Ce n’est en aucun cas une réflexion devant être généraliser à l’ensemble des démarches participatives, mais bien l’occasion d’interroger le cheminement aboutissant a cette initiatives ainsi que les apports d’une telle démarche.

I / Contexte

La volonté de la communauté de communes de Mur-ès-Allier de travailler la question de l’habitat, et indirectement de l’accueil des nouvelles populations, n’est pas un hasard. Elle est à relier à de nombreux éléments de contexte qui favorisent un questionnement sur le devenir des centres bourgs, et à la manière d’associer durablement leurs habitants à ce questionnement. Différentes dynamiques sont combinées pour encourager une collectivité à poursuivre ces réflexions autour de problématiques récurrentes sur son territoire.
Contexte 9
Dans ce premier chapitre, nous verrons les différents facteurs qui encouragent la création de la Boulang’. Pour cela, nous poserons un regard sur le territoire et son contexte, puis sur le rôle des différents acteurs politiques à l’origine de la démarche. Enfin, nous retracerons un court historique de l’évolution des démarches participatives en architecture et en urbanisme.

A // Territoire : cartes, chiffres clefs et historique

La commune de Pérignat-sur-Allier est implantée en terrasses sur la rive droite de l’Allier. Elle compose, avec Chauriat, Dallet, Mezel, et St Bonnet-lès-Allier, la communauté de communes de Mur-ès-Allier laquelle est située aux portes de l’agglomération clermontoise, au sein du Grand Clermont. Ces villages ruraux ont en commun de s’être développés autour d’un centre-bourg d’origine médiévale.
Au sein de la communauté de communes de Mur-ès-Allier, Pérignat-sur-Allier occupe une place médiane de par son poids démographique. En dépit de sa taille, elle a une position privilégiée grâce à la présence du pont de la départementale D212 qui franchit l’Allier. Celui-ci constitue un axe structurant du territoire, reliant Billom (au sud de la Limagne) à Cournon-d’Auvergne. De ce fait, la commune constitue une porte d’entrée dans l’agglomération clermontoise.
Cette position, d’entrée au gisement d’emploi que représentent les zones d’activités et commerciales de Cournon-d’Auvergne, confère à la communauté de communes de Mur-ès-Allier et en particulier à Pérignat-sur-Allier une situation très prisée. C’est, en effet, un cadre de vie recherché par les néo-ruraux qui trouvent en ce lieu tous les caractères de la vie à la campagne, aux portes d’une grande ville. Si cette position est un avantage, elle voue ces communes à jouer un rôle de villes dortoirs. En effet, seulement 11% des actifs résidents sur la commune travaillent sur le territoire de Pérignat-sur-Allier.
Le centre bourg de Pérignat-sur-Allier se compose de maisons vigneronnes et de fermes imbriquées. Leur regroupement forme des îlots très compacts, maillés par des ruelles et des impasses plus ou moins accessibles.

Historique de la commune de Pérignat-sur-Allier

Pérignat-sur-Allier, comme toutes les communes de la communauté communes, a d’abord connu d’importantes pertes de population jusque dans les années 1940, avec l’exode rural. La tendance s’est inversée avec l’arrivée de populations néo-rurales, progressivement d’abord, et plus rapidement dans les années 2000. Après être descendue à 471 habitants en 1962, la population de Pérignat-sur-Allier est remontée à 1 408 habitants en 2009. Comme on pouvait l’attendre, l’augmentation du nombre d’habitants engendre également une importante hausse du nombre d’habitations, faisant passer le nombre de logements de 149 en 1968, à plus de 595 en 2009. Ces nouveaux logements sont principalement des pavillons implantés dans des lotissements, le long des principales voies automobiles traversant le centre bourg. Ainsi, pour accueillir les nouveaux habitants, le village s’étend au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Simultanément le nombre de personnes par foyer diminue, passant de 3,5 à 2,5. Malgré la diminution du nombre d’habitants par foyer et l’augmentation du nombre de logements, un paradoxe émerge : de plus en plus de logements sont vacants alors même que le nombre de logements continue d’augmenter. La quasi-totalité de ces logements vacants sont situés dans le centre bourg de Pérignat-sur-Allier. Toujours dans le même temps les commerces sont partis du centre bourg pour s’implanter eux aussi le long de la départementale qui traverse le village, ce qui contribue à la dévitalisation du centre bourg.

Situation actuelle

Avec le vieillissement de la population sur le territoire de Mur-ès-Allier, les communes doivent anticiper la mutation des lotissements les plus anciens. Le phénomène est accentué par l’homogénéité d’âge dans ces lotissements. En effet, près du quart des habitants de Pérignat-sur-Allier a entre 45 et 59 ans. On assistera donc à un vieillissement rapide de la population dans les années à venir. Il existe donc un risque de voir ces lotissements se vider comme le centre bourg avant eux.
Le territoire de l’étude soulève un nombre important de problématiques de natures diverses, et autant de défis à relever dans les années à venir.

Composition historique du bâti, Agence Intérieur Rue Architecte
Efficacité foncière, Agence Intérieur Rue Architecte
B//Acteurs et développement local

Les lois de décentralisation de ces vingt dernières années ont donné davantage de responsabilités aux collectivités locales et territoriales pour mener les projets d’aménagement de leur territoire, au plus près de leurs réalités. Le rôle des collectivités locales a permis l’émergence de nouvelles dynamiques territoriales, favorisant la mise en place de stratégies, de projets intercommunaux, et métropolitains.

Le Grand Clermont et son SCoT

Le Grand Clermont est un syndicat mixte, qui s’étend sur un territoire fédérant 108 communes, réparties en une communauté d’agglomération (Clermont Communauté) et 9 communautés de communes dont celle de Mur-ès-Allier.
C’est un ensemble hétérogène de communes rurales et périurbaines regroupées autour de l’agglomération de Clermont-Ferrand, qui représente 414 000 habitants. Son territoire s’étend sur 1 331 Km² qui sont en grande partie non urbanisés. Les Parcs Naturels Régionaux (PNR) des Volcans d’Auvergne et celui du Livradois-Forez représentent près de 50% de son territoire.

Le Schémas de Cohérence Territoritorial.

Cette formation territoriale a pour objectif de définir et d’accompagner de façon cohérente le développement des communes qui en font partie. Le projet de territoire du Grand Clermont est exprimé par le ScoT (Schéma de Cohérence Territorial) adopté en 2010. N’ayant pas été validé par le préfet à cette époque, il est alors enrichi, et est à nouveau adopté en 2011. Le SCoT du Grand Clermont est applicable depuis 2012 après consultation, enquête publique et signature du préfet.
Pour pouvoir jouer un rôle moteur dans le développement de son territoire, en se démarquant des autres métropoles, le Grand Clermont s’est donné comme objectifs d’atteindre le seuil démographique de 500 000 habitants. Mais compte tenu du vieillissement de sa population, de la sous représentation des 25-40 ans1 et avec un taux de fécondité en dessous de la moyenne nationale2, cet objectif est un véritable défi. Pour atteindre ce but, le Grand Clermont compte beaucoup sur sa capacité à protéger la qualité de son cadre de vie et espère en faire un atout suffisamment attractif pour accueillir de nouvelles populations. Le SCoT propose une organisation en archipel où l’agglomération clermontoise occupe le centre du dispositif qui est entouré par de nombreuse communes de tailles très variées. Parmi elles, 7 communes joueront le rôle de pôle de vie. Elles disposent d’une taille et d’un niveau d’équipement suffisant pour rayonner sur les communes périurbaines.
L’arrivée d’un nombre aussi important de personnes ne peut se faire qu’avec une politique d’habitat volontaire. Conscient des risques que peuvent représenter une urbanisation incontrôlée pour ces espaces naturels, sa diversité sociale, et son cadre de vie, les élus du Grand Clermont ont souhaité mettre en place une démarche particulière.
Cite web du Grand Clermont.


Le programme Zones Pilotes Habitat.

Ce programme qui débuta en 2002, est une démarche expérimentale pour produire du logement de qualité, diversifié et adapté à leur situation urbaine. La particularité de la démarche repose sur l’identification en amont des déficiences d’habitat sur le territoire. Les 8 sites concernés par la ZPH ont été retenus pour leurs problématiques récurrentes sur le territoire. L’objectif de la démarche est d’expérimenter de nouvelles pratiques, de façon à enrichir la boite à outils du Grand Clermont, et ainsi servir d’exemple reproductible sur d’autres communes.
La ZPH a retenu, entre autre, la communauté de communes de Mur-ès-Allier qui proposait l’îlot du Torail-Gazou dans le centre bourg de Pérignat-sur-Allier.

«A Pérignat-ès-Allier, l’îlot du Torail-Gazou pose différents enjeux permettant de concilier un habitat de qualité dans une typologie de bourg ancien. Se pose la question des mutations patrimoniales et du recyclage urbain : doit-on créer de la nouveauté ou prendre en compte le patrimoine existant même s’il ne comporte pas de caractère protégé ? La conservation du bâti existant conduit également à un renchérissement du coût de la réhabilitation du fait des nouvelles règles à respecter en termes de normes thermiques. En outre, différentes questions se posent en termes de typologies et de composition du bâti.»

Dans ce cadre, bien que l’étude concerne le village de Pérignat-sur-Allier, c’est la communauté de communes de Mur-ès-Allier qui pilote la démarche en étant l’interlocuteur du Grand Clermont.

La Communauté de Communes de Mur-ès-Allier et ses compétences.

En décembre 1999, le rassemblement des municipalités de Chauriat, Dallet, Mezel, Pérignat-es-Allier et St-Bonnet-les-Allier ont donné vie à la communauté de communes de Mur-ès-Allier. Ce rapprochement doit permettre de rassembler des moyens financiers et humains autorisant la mise en place et la réalisation de projets dépassants les limites communales.
Pour cela, la communauté de communes a formé des commissions thématiques en fonction des compétences qu’elle exerce :
Commission habitat et voirie : elle définit les interventions de la communauté de communes sur les espaces publics, l’habitat et la voirie. Elle a notamment suivi la mise en place du nuancier intercommunal, suite à une étude de colorisation. Les couleurs, basées sur les teintes du paysage, du climat et des matériaux employés, proposent un ensemble de teintes qui devra créer une harmonie censée renforcer le caractère du village. Ce document peut être annexé aux documents d’urbanisme des communes. Il doit permettre d’aider à l’instruction des permis de construire en informant et en sensibilisant les habitants.
– Commission aménagement et environnement : en plus de la protection du Puy de Mur, classé en tant qu’Espace Naturel Sensible4, et du balisage des sentiers de randonnées, cette commission est en charge de la réalisation et de l’animation de la charte architecturale et paysagère. Ce dernier travail a été mené, entre 2005 et 2007, avec la communauté de communes de la Vallée du Jauron, située au nord de la communauté de communes de Mur-ès-Allier. Le diagnostic de cette étude relève 7 points de réflexions/constats:
– Le territoire dispose de paysages remarquables, menacés par l’étalement urbain.
– On trouve sur l’ensemble des communes un patrimoine bâti relativement bien conservé, présentant parfois des configurations atypiques et remarquables.
– Les extensions de bourgs menacent leurs identités, du fait de leur impact sur leurs silhouettes historiques.
– Les communautés de communes sont des territoires où l’agriculture est très présente, mais l’urbanisation pavillonnaire rentre en conflit d’usage direct avec ces pratiques agricoles.
– L ’Allier (la rivière) en lui-même représente un atout paysager de plus en plus pris en compte.
– La diversité des milieux naturels en présence est remarquable par sa diversité, allant des rives du val d’Allier, jusqu’aux coteaux du Puy de Mur et dispose de trame paysagère très forte.
– Les coteaux sont de plus en plus laissés en friche, à terme ils pourraient devenir des forêts.
L’ensemble de ces réflexions a accompagné la communauté de communes de Mur-ès-Allier, dans son implication dans la démarche ZPH. Il est intéressant de noter qu’à son échelle chacun des villages de la communauté de communes est sujet à l’étalement urbain. Or, ce phénomène concerne trois des sept points de la charte architecturale et paysagère, et concerne directement ou indirectement l’ensemble de la réflexion menée par le Grand Clermont sur l’habitat.

La commune de Pérignat-sur-Allier.

Le principal outil de planification à la disposition d’une commune est aujourd’hui son PLU (Plan Local d’Urbanisme). Pérignat-sur-Allier s’est dotée de son PLU en 2005, remplaçant son POS (Plan d’Occupation des Sol) datant de 1983.
Un an avant les débuts de la démarche ZPH lancée par le Grand Clermont en 2002, la municipalité de Pérignat-sur-Allier a débuté une campagne de rachat immobilier, notamment dans le centre bourg, afin de pouvoir influencer activement l’évolution la ville. Cette campagne est réalisée avec la participation de l’EPF-SMAF (Établissement Public Foncier – Syndicat Mixte d’Action Foncière).
C’est principalement grâce à l’importante proportion de maisons vigneronnes, propriétés communales sur l’îlot du Torail-Gazou ou en cours d’achat, que la candidature de la commune de Pérignat-sur-Allier est retenue pour participer à la démarche ZPH.
À ce stade les objectifs de la municipalité sont de :
– Préserver la cadre de vie.
– Revitaliser le centre bourg par la réhabilitation du patrimoine bâti, le maintien des commerces et services.
– Lutter contre le mitage.
– Diversifier l’offre d’habitat et l’offre locative.

« La démarche ZPH nous paraissait entrer pleinement dans le projet de pays du Grand Clermont. Notre intercommunalité, située à l’est de Clermont-Ferrand, connait une très forte pression en termes de demande de logements. Dans ces conditions, il nous paraissait opportun de contribuer à la recherche de réponses plus en lien avec une utilisation du sol et des espaces en cohérence avec nos ambitions politiques notamment en matière d’efficacité foncière. »

Dans un premier temps, l’étude a fait le choix de ne pas conserver une partie du bâti pour réaliser une réhabilitation partielle. Le scénario s’est entièrement porté sur une solution de démolition-reconstruction de l’îlot Torail-Gazou. Il apparaissait qu’une réhabilitation, même partielle, engendrerait un surcoût important.
Bien que la concertation des habitants de la commune fasse partie des outils de la démarche ZPH, elle n’est pas une obligation. Dans certaines communes une concertation est organisée très tôt dans le processus de projet, d’autres, plus modérées quant au bien fondé de cette approche, craignent qu’une initiative de ce type ne vienne bloquer la situation et finalement faire avorter le projet. La municipalité de Pérignat-sur-Allier a choisi de ne pas faire de concertation avant projet. Mais au cours des visites de l’îlot concerné par la ZPH, certains élus et techniciens sont approchés par des riverains qui désirent des informations sur la démarche. C’est pour répondre à leur demande que le comité de pilotage s’est ouvert à quelques habitants. Alors, une réunion publique est organisée pour présenter les premiers résultats de l’étude, et les documents produits sont consultables en mairie. Si cette première expérience de la concertation n’a pas suscité de mouvement d’opposition, elle n’a pas non plus remporté de succès flagrant, et laisse le projet dans une relative indifférence. Même si la municipalité reconnaît une certaine pertinence à la proposition de démolition-reconstruction, et que dans un premier temps elle se range à son pragmatisme, elle finira par renoncer à réaliser cette opération. Le conseil municipal a considéré que la destruction du bâti caractéristique existant serait une perte trop importante pour l’identité du centre bourg.

Évolution vers une démarche participative.

Commence alors pour la municipalité une série de rencontres et de réflexions sur le thème de la réhabilitation des biens communaux du centre bourg. Elle finit par opter pour une démarche originale. Souhaitant privilégier la réhabilitation de ces maisons, sans jouer le rôle de maître d’ouvrage, la municipalité pense pouvoir inciter de futurs acquéreurs à prendre en charge le coût des travaux en leur garantissant un accompagnement adapté. La municipalité décide alors de munir la commune d’un local, indépendant de la mairie, capable d’accueillir en résidence des équipes de professionnels pour travailler sur ces questions de réhabilitation. Ce local, et les équipes qui l’occuperont, devront permettre d’aborder plus largement la question de « l’habiter ». Un questionnement, volontairement très ouvert, qui porte sur l’ensemble de la commune, peut et doit intégrer la participation des habitants aux démarches entreprises. La question est alors posée : comment encourager la population de Pérignat-sur-Allier à prendre part aux réflexions menées sur son cadre de vie ?
À ce stade du développement, il semble indispensable d’opérer un retour sur les origines de ce type de démarche.

C//Démarches participatives

Face aux enjeux économiques, sociaux, et environnementaux auxquels nous devrons faire face dans les années à venir, la possibilité de produire un cadre habité durable, capable d’évoluer, de s’adapter, doit être un objectif à atteindre. La ville durable doit donc inclure ses habitants dans un processus d’échange et de mise en commun des savoirs et des expériences pour gagner en résilience.
Ce type de démarche a déjà eu lieu dans d’autres contextes.

Contestation 1960-70

L’implication directe des citoyens dans la gestion de leur ville ne fait pas partie de la culture Française. Il faut attendre la fin de la seconde guerre mondiale, la reconstruction à marche forcée qui suivit, et surtout le développement des grands ensembles isolés et mal équipés, pour que cette démarche participative voit le jour. C’est probablement un sentiment d’abandon face au délaissement de ces territoires, dans un pays en plein développement, qui a favorisé l’émergence de ces questionnements. Au début des années 60, les premières initiatives s’organisent sur le thème du cadre de vie. Ces mobilisations donnent lieu à la création de Groupes d’Action Municipaux (GAM) dans les villes de banlieue. Ces groupes sont constitués de militants qui comptaient peser sur les choix des municipalités. Ces groupement sont aidés par l’association pour la démocratie locale et sociale (ADELS). L’apogée de l’action des GAM sur le paysage politique est l’élection de H. Dubedout à Grenoble en 1965.
À la suite des épisodes de 1968 en France, les revendications des luttes urbaines se redéfinissent sur des bases plus radicales. Au cours des années 70, les mobilisations sont plus conflictuelles avec les pouvoirs publics centraux et/ou locaux, et portent sur les rénovations urbaines, la crise du logement et des transports, la dégradation du cadre de vie. La multiplication de ces luttes urbaines et leur ampleur s’accompagnent d’un courant de recherche en sciences sociales dans ce domaine. Malgré leur importance, ces mouvements n’aboutissent à aucune transformation de la situation socio-urbaine. Simultanément, les démarches plus coopératives des GAM produisent des effets en mettant en place, avec les municipalités, des « commissions extra-municipales ». Là, les habitants pouvaient confronter leur point de vue avec celui des élus locaux, des experts et des chercheurs, sur les questions d’aménagement local. On assiste alors à une étape d’apprentissage du travail en commun entre des acteurs appartenant à des cultures socioprofessionnelles très variées.

 

La mobilisation de l’Alma-gare.

Parmi ces mobilisations, celle de l’Alma-gare à Roubaix est probablement la plus aboutie en ce qui concerne l’évolution de la mobilisation. En 1967, le quartier se mobilise contre un projet de rénovation urbaine porté par la ville. Il faut attendre 1973 pour que la mobilisation se structure et se dote des services de professionnels (architectes, sociologue…) formant un Atelier Populaire d’Urbanisme (APU). La structure est ouverte aux habitants et militants pour débattre de l’avenir de L’Alma-gare, et ainsi, définir un projet alternatif prenant en compte les particularités des « courées » propres au quartier. C’est seulement en 1978 que le maire de Roubaix retient le principe d’un schéma directeur d’aménagement du quartier rédigé en collaboration avec les habitants et leurs propres experts.
La démarche de L’Alma-gare est souvent prise en référence par les militants, les élus locaux, et les habitants désireux d’amorcer une démarche comparable dans le domaine de la ville.

 

Expérimentation – 1980

L’ensemble de ces initiatives crée un environnement très favorable à l’idée du participatif dans le domaine de la réhabilitation des quartiers défavorisés et dégradés. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 voit la création de la « commission pour le développement social des quartiers », avec comme prérogative l’expérimentation à grande échelle de démarches innovantes dans les quartiers difficiles. À ce moment, le terme de « développement social » apparait pour qualifier l’idée de collaboration active des habitants pour traiter les questions qui les concernent. Le premier président de la commission est Hubert Dubedout dont l’expérience au coeur des Groupes d’Action Municipaux assure la recherche d’une nouvelle gouvernance urbaine incluant les usagers. Dans un rapport extérieur à la constitution de la « commission pour le développement social des quartiers », H. Dubedout souligne l’importance des dynamiques associatives formelles ou non, dans la mobilisation de l’Alma-gare. Après une période d’euphorie, la société civile a été de moins en moins présente dans l’élaboration des projets et des programmes. Notamment lorsqu’il a fallu étendre cette politique aux quartiers difficiles à la fin des années 1980, dans le processus de ce qui allait devenir « la politique de la ville ». C’est en particulier le milieu associatif, formel ou non, qui n’a pas été reconnu comme partenaire fiable face au pouvoir des institutions.

 

Institutionnalisation / Régularisation / Officialisation
de la démarche – 1990

Les pouvoirs publics commencèrent à reprendre le contrôle des mouvements de contestation autour du thème du cadre de vie, en répondant à la demande d’une plus grande part de démocratie dans la prise de décision, à la fin des années 1980. Pour cela, l’état a promu et organisé une ingénierie de la participation des usagers. Au cours des années qui suivirent, l’institutionnalisation de ce type de démarche est allée jusqu’à la création de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Le recours à cette instance est obligatoire pour tout projet dans le secteur de l’aménagement du territoire, ou dépassant un certain montant. Cette commission est chargée d’organiser le débat afin de construire un rapport sur la nature des discussions et des enjeux. Rapport qui sera ensuite remis au maître d’ouvrage. Ce dernier reste le seul décisionnaire, mais doit expliquer son orientation en fonction du contenu des débats.
Le CNDP doit garantir l’argumentation, l’équité des temps de parole, et la transparence dans l’organisation des discutions entre les différents acteurs. Si cela représente une amélioration notable dans qualité des échanges, il reste un certain nombre de limites à la dimension participative dans l’esprit du CNDP. À de rares cas , c’est la maîtrise d’ouvrage qui décide de soumettre, ou non, un projet au débat. L’aspect technique des délibérations restant très important, les décisionnaires disposent généralement de moyens supérieurs sur ces thèmes par rapport à ceux des représentants de la société civile.

La composition d’une commission reste encore relativement partiale. Si le choix des spécialistes reste assez objectif, les représentants de la société civile sont généralement sélectionnés parmi les associations les plus reconnues. Il peut y avoir alors l’effet pervers de reconstituer une catégorie de « spécialistes de la participation » pouvant finir par être assimilés aux institutions. De ce fait, le citoyen ordinaire est exclut du débat. Même avec ces limites, ce dispositif introduit officiellement le processus de participation des populations au lancement des projets majeurs concernant l’aménagement et l’environnement. Ceci permet de mettre à l’épreuve les exigences techniques face aux attentes des usagers, et offre par ailleurs la possibilité d’affiner le travail en commun entre des acteurs représentants des cultures et des intérêts différents. Il est à noter que la commission nationale pour le débat public est instituée comme une autorité indépendante des pouvoirs publics en 2002.

Une autre conséquence de l’institutionnalisation de la participation des usagers est l’émergence d’une nouvelle ingénierie de la participation. En effet, il est généralement admit que pour crédibiliser une démarche participative il est indispensable de réduire l’écart entre, d’un coté les institutions et leurs spécialistes détenteurs du savoir technique et disposant du pouvoir de décision, et de l’autre, les représentants de la société civile généralement peu équipés sur ces thèmes. Deux approches se distinguent.
La première approche s’appuie sur l’apparition de « spécialistes de la participation ». Ceux-ci sont d’anciens militants des luttes urbaines, ou nouvelles entreprises de communication qui se donnent comme objectif d’initier le grand public aux savoirs indispensables à la compréhension des problématiques en présence. Ces intermédiaires organisent les débats entre experts et profanes. Le principal risque de cette approche est de pérenniser une catégorie d’acteurs sociaux qui constituerait un nouvel intermédiaire entre les citoyens et les décideurs.
La seconde approche part du postulat que chaque acteur doit demeurer dans son rôle : les spécialistes informent les citoyens sur les contraintes (techniques, économiques…) tandis que les citoyens les informent sur les contraintes du projet. S’il existe aussi des médiateurs pour l’organisation des débats, ils n’ont pas de rôle pédagogique. Cette approche produit un apprentissage collectif, chaque acteur contribuant peu à peu à la formation des autres sur le plan de la technique et de l’usage qui en est fait.

Des avis critiques sur ce phénomène

L’implication des citoyens dans une démarche participative, dans quelque domaine que ce soit, est l’objet de différentes critiques portant autant sur le fond que sur la forme.
Les plus septiques avancent que l’introduction d’une forme de démocratie directe en parallèle de la démocratie représentative française conduirait à une démocratie d’opinion, démagogique, populiste et court-termiste, où seuls les mouvements sociaux sont à même de transformer profondément la conception de la citoyenneté.
Des critiques proviennent aussi de groupes souhaitant promouvoir les initiatives participatives en France. On souligne généralement l’aspect local de ces démarches, leur possible instrumentalisation pour éviter la contestation, ou simplement l’ambiguïté du concept de « participatif ». On rapporte aussi fréquemment la double asymétrie qui règne dans ce type de démarche entre les institutions et la société civile, mais aussi entre les classes moyennes éclairées et les couches les plus défavorisées. Ces critiques ont été rapportées par les sociologues au cours de ces quarante dernières années. Une critique récurrente ces dernières années (où les initiatives participatives sont davantage voulues par les pouvoirs publics), est que la difficulté de mobiliser les citoyens autour d’enjeux qui les concernent pourrait s’expliquer en partie par le fait que « la communauté d’intérêt ne suffit pas à provoquer l’action commune permettant de promouvoir l’intérêt de tous » . À cela s’ajoute le fait que la participation au processus ne garantit pas d’influence significative sur les décisions finales.

 

II / Chronique de la Boulang’

Qu’une commune de la taille de Pérignat-sur-Allier décide de s’équiper d’un lieu de résidence pour architectes et autres professionnels de l’aménagement, n’est pas une initiative allant de soi. C’est une étape qui arrive à la fin d’une suite de réflexions portées sur la maîtrise du foncier communal et sur les manières de redynamiser le centre bourg tout en cherchant à associer les citoyens aux réflexions menées sur la commune.

A // Genèse du projet

2001 – Un nouveau conseil municipal arrive à Pérignat-sur-Allier avec à sa tête Jean-Pierre Buche, maire affilié au Front de Gauche. Conscient de la perte de vitalité qui frappe le centre bourg de la commune, la municipalité commence une campagne de rachat, jusqu’à ce que la commune ait insuffisamment de propriétés pour maîtriser le développement de la ville en général et le centre bourg en particulier.

2002 – Le Grand Clermont met en place un programme de réflexion pour produire des logements de qualité afin de faire face aux ambitions de croissance démographique qu’il vise. Pour cela huit sites, répartis sur le territoire, ont été sélectionnés. Ils présentent chacun des problématiques récurrentes sur l’ensemble des communes du Grand Clermont. Chacune des communes dont le site a été retenu, sera le théâtre d’expérimentations des Zones Pilotes pour l’Habitat (ZPH).
La candidature de la communauté de Mur-ès-Allier a été retenue, avec comme zone d’étude l’îlot du Gazou, situé à Pérignat-sur-Allier. Le secteur d’étude retenu, situé dans le centre bourg ancien, est idéal pour aborder des questions telles que : la mutation du patrimoine, le recyclage urbain et la densité en logements.

2007 – Un projet de démolition/reconstruction est proposé par le cabinet Urbicand, sur l’îlot du Gazou. L’îlot concerné est au coeur du centre bourg, et les habitations concernées par la démolition sont vacantes. La majeure partie d’entre elles appartiennent déjà à la commune. Malgré un certain pragmatisme, la proposition n’est finalement pas appliquée : en partie en raison de l’imminence des élections, mais aussi, par crainte de dénaturer le centre bourg. En effet, la destruction de l’îlot a un impact trop important sur le centre, du fait de sa proximité avec l’église inscrite aux monuments historiques. De plus, bien que l’îlot du Gazou ne soit pas concerné par des mesures de protection, il réuni un nombre important de maisons vigneronnes qui représentent la typologie caractéristique du centre bourg. La perte d’identité qui résulterait de la destruction de l’îlot est jugée, à elle seule, suffisante pour changer d’approche.

2009 – Parallèlement, la municipalité envisage de mettre en place un chantier d’insertion sur la commune, en partenariat avec Patricia Guillot, vice-présidente en charge de l’insertion au Conseil Général. Les élus reprochent cependant aux chantiers d’insertion une certaine inadaptation. L’objectif de la démarche d’insertion estde favoriser la réintégration dans le monde du travail de personnes qui en sont éloignées depuis longtemps. Les tâches qui leur sont proposées sont souvent jugées peu valorisantes et très répétitives. Ce qui est difficilement compatible avec l’épanouissement personnel et le retour vers le travail souhaité.

«Plutôt que de leur faire faucher des renouées du Japon sur les bords de l’Allier, ce qui est récurrent et monotone, essayons d’inventorier toutes les tâches qui peuvent être réalisées sur une commune. »1

Les travaux qui pourraient intéresser les chantiers d’insertion sur le village sont listés. C’est à ce moment que la commune commence à imaginer un scénario de réhabilitation des maisons de centre bourg, en partenariat avec les chantiers d’insertion. L’idée est même avancée que les personnes prenant part aux travaux pourraient : louer, accéder à la propriété sur les logements ainsi restaurés. C’est à ce moment que Patricia Guillot met en relation les élus avec Akim Bara, technicien du Conseil Général du Puy de Dôme, qui leur présente le travail de l’architecte Patrick Bouchain. La municipalité est séduite par la démarche de déconstruction/réhabilitation présentée. Une rencontre est organisée, à Paris, avec Patrick Bouchain, Akim Bara et certains élus.

2010 – Une rencontre avec Patrick Bouchain et les élus de la communauté de communes de Mur-ès-Allier est organisée à l’initiative de la municipalité de Pérignat-sur-Allier. L’objectif de la rencontre est d’associer la communauté de communes à la démarche envisagée à Pérignat. Mais si toutes les communes sont représentées, aucun maire n’est présent.
Patrick Bouchain présente sa méthode de travail impliquant la résidence d’architectes sur le territoire communal, et les possibilités qu’offre cette présence. Cette démarche semble enthousiasmer les participants. Au cours des discussions, les élus demandent à Patrick Bouchain d’évaluer le coût d’une démarche de cette nature : d’après lui, une résidence de deux ans (le temps qu’il estime nécessaire pour une telle démarche) coûterait environ 200 000 à 250 000 euros.
La communauté de commune n’est pas prête à investir pour le financement de cette étude, qui ne bénéficierait qu’à Pérignat. La municipalité commence à rédiger le cahier des charges de la démarche envisagée pour partir à la recherche de subventions.

« Hélas dans notre démocratie représentative s’il n’y a pas le maire… ça va pas, ça va pas. Mais voilà c’est pour ça qu’on peine, et aujourd’hui encore, on peine à activer ce projet »2

La première institution vers laquelle le conseil municipal se tourne, (se retourne plus exactement), est le Conseil Général. Dans le cadre des travaux d’insertion, la région est prête à participer à l’étude à hauteur de 40%.
C’est ensuite la région que la mairie va solliciter. En partenariat avec Jean-Michel Guerre, vice-président de la région Auvergne, la municipalité propose de mener une action expérimentale visant à revitaliser les centres bourgs en impliquant les habitants actuels et futurs. En effet, il s’agit de développer une méthodologie, arguant que cette démarche sera ensuite reproductible à l’ensemble de la région, où de nombreuses villes et villages connaissent des problèmes similaires sur leurs centres bourgs.
De plus la commune reçoit aussi l’aide du dispositif ‘’Auvergne Plus’’ pour expérimenter la participation des habitants et promouvoir l’auto-réhabilitation sur son territoire. Au final, sur les 200 000 euros envisagés pour l’étude près de 80% pourraient être subventionnés. La différence étant à charge de la communauté de commune de Mur-ès-Allier et de la commune de Pérignat-sur-Allier. Septique quant à la démarche, la communauté de communes ne souhaite pas financer une initiative qui ne profiterait pas à l’ensemble de ses communes.

2010, 20 septembre – Patrick Bouchain vient faire la conférence inaugurale de L’Ecole Nationale Supérieur d’Architecture de Clermont-Ferrand. Le soir même, des élus de Pérignat-sur-Allier retrouvent Patrick Bouchain et entre autre, deux architectes enseignant à ENSACF : Jean-Dominique Prieur et David Robin. Au cours des discussions, le cas de Pérignat est abordé. A la suite de cette rencontre, Jean-Dominique Prieur reprend contact avec Jean-Pierre Buche et manifeste son intérêt pour ce type de démarche.

B // Caractérisation : quelle(s) démarche(s) ?

Avant même de débuter la première résidence, il est clair que pour ancrer une démarche atypique sur le territoire de la commune, elle doit avoir une vitrine. Ce lieu doit pouvoir accueillir des professionnels en résidence, les habitants tout au long de la démarche, et tous les intervenants jugés opportuns lors de temps forts. Ce local doit être un lieu visible et facilement identifiable.
Pour dissocier cette démarche de la politique communale, ce local doit être hors des murs de la mairie. En effet, si la démarche et son thème sont le fruit de la politique communale, les pistes de travail développées par l’équipe résidente sont indépendantes des objectifs municipaux.
C’est alors naturellement que le choix du local s’est porté sur l’ancienne Boulangerie. Située sur la place du village, face à l’église et à proximité de la mairie, les locaux occupent une position centrale dans le village. Avec deux étages de plain pied, le local est facilement accessible. Il est, de plus, doté d’une large vitrine, héritage de son passé de local commercial. C’est donc une opportunité à saisir.

Fin 2010 et 2011 – Jean-Dominique Prieur prend en charge la première résidence à Pérignat-sur-Allier. Pour entreprendre cette première résidence, il est accompagné d’une jeune diplômée en architecture, Julie Jouvenel (architecte en HMONP) et de trois stagiaires, élèves de quatrième année à ENSACF. Bien que la démarche ne soulève pas de véritables réticences, elle se heurte malgré tout aux habitudes de travail prises par l’ensemble des acteurs des collectivités : communes et collectivités de communes habituées aux études traditionnelles.
Jean-Dominique Prieur souhaite inscrire une démarche d’architectes sur le territoire de la commune. Cela doit être l’occasion d’organiser la rencontre des élus, des habitants, des professionnels et des concepteurs autour de projets en train de se faire in-situ. De cette manière, il compte bien faire la médiation autour de l’architecture en parlant d’Architecture. En effet, il reproche aux démarches de concertation de venir trop souvent à posteriori du travail d’étude et de conception. La démarche est alors généralement utilisée pour convaincre les citoyens du bien fondé du projet.

« C’est toujours la même question : comment on fait de l’architecture ! C’est pas comment on fait avaler la pilule de l’architecture »

Il faut donc organiser la rencontre d’un public autour de questions d’urbanisme et d’architecture. Jean-Dominique Prieur cherche à travailler la rencontre entre l’architecture et le public sans rechercher l’adhésion générale car il considère que cette recherche risque de niveler et d’appauvrir le projet architectural. Il recherche donc à susciter l’envie autour de ces questions, pour ensuite accompagner les habitants et futurs habitants, près à s’engager dans une démarche participative. Il tient cette position depuis son passage au C.A.U.E. comme architecte conseil. Il considère en effet que le travail en résidence n’est pas l’installation

«… ce n’est pas un service public, où l’on vient au guichet chercher la bonne loi, le bon truc. Non, là on s’engage ! ».

Il voit dans cet engagement la condition indispensable à une participation active et enrichissante des usagés.
Pour aborder la démarche à mener à Pérignat-sur-Allier, Jean-Dominique Prieur souhaite développer l’idée de l’agence d’architecture nomade. Il faut rassembler toutes les conditions pour rendre la présence de l’équipe permanente sur le territoire de la commune. Cette présence doit être limitée dans le temps, mais ce temps doit être suffisamment long pour permettre l’émergence de projets. Dans cette optique, le temps de la résidence doit être déterminé par avance pour que la démarche soit la plus transparente possible. Cela ne doit pas déboucher sur l’installation d’une agence sur la commune qui pourrait avoir la main mise sur le territoire communal. Initier cette démarche, permettre l’installation d’une résidence de professionnels de l’aménagement sur le territoire communal, nécessite un lieu permanent pour inscrire la démarche dans le centre bourg.
Julie Jouvenel est chargée de la phase pré-opérationnelle auprès de la commune. Durant cette période, elle prend contact avec les différents acteurs locaux. Elle analyse le développement de la ville et entreprend la mise en place du local. Le choix de l’ancienne boulangerie s’est imposé de lui-même. Sa position centrale, sa proximité avec la bibliothèque et la mairie, les possibilités offertes par sa surface, et son ancienne vocation commerciale en font un local idéal pour accueillir une démarche s’inscrivant sur le territoire communal. Ces deux premiers étages sont accessibles de plain pied : le rez-de-chaussée avec l’ancien local commercial et sa large vitrine, donne sur la rue Sainte Agathe, le second ouvre sur la place de l’église.

La commune l’avait initialement achetée pour y déménager la bibliothèque municipale. Sa transformation en un local pouvant accueillir des résidences permettrait de tirer le plein potentiel de cette maison de centre bourg, en utilisant également le dernier étage pour accueillir les logements qui rendront possible l’ouverture de la résidence au plus grand nombre d’intervenants possibles. L’objectif que se fixe l’équipe vis-à-vis de l’aménagement du local est : de donner au local le maximum de flexibilité pour lui permettre d’accueillir le plus grand nombre d’activités dans le futur. Pour réaliser les transformations envisagées, l’équipe dispose d’un budget très limité. L’ensemble des travaux sont assumés par Laurent Cohadon, directeur des services techniques de la ville et son équipe. Les transformations sont réalisées avant que la première résidence ne débute. Mais le temps de ces travaux est considérablement rallongé, car les employés communaux réalisent ces transformations en plus de leurs taches habituelles.

L’équipe propose de travailler sur le local avec des solutions très simples de peinture, la réutilisation de matériaux de déconstruction et du mobilier dessiné sur mesure. C’est aussi l’opportunité de montrer les possibilités de transformation que réservent ces maisons de bourg. Souvent très cloisonnés, les volumes de ces habitations ne sont plus adaptés au mode de vie contemporain. Le fait que les travaux soient réalisés par les employés communaux est en soit une forme de participation au chantier. Pour chaque modification du local, il a fallu convaincre ceux qui allaient effectuer les travaux, de la pertinence de leur réalisation. Car, bien que la maison soit inhabitée depuis plusieurs années, elle n’était pas pour autant insalubre. La destruction de certains éléments leur semblait parfois étrange, voir aberrante. La destruction des faux-plafonds du rez-de-chaussée a soulevé de nombreuses discussions entre l’équipe d’architectes et celle des services techniques. En général, le point d’achoppement est l’aspect présenté par les éléments mis à jour. L’ancienne boulangerie, comme la majorité des maisons constituant le bourg, n’est pas une maison de maître. La maçonnerie n’est pas constituée de pierre de taille, et la poutraison du plancher est dépareillée. Puisque les doublages étaient saints, il a fallu de longs échanges pour arriver à les démonter.

Les cloisons et les doublages sont finalement abattus pour ouvrir l’espace. L’alimentation électrique du local est rendue possible par des chemins de câbles suspendus, qui permettent de ne pas conditionner l’espace de travail par la position des prises de courant. Le mobilier dessiné par l’équipe d’architectes est réalisé par Laurent Cohadon. Il offre la possibilité d’être déplacé pour occuper et compartimenter l’espace en fonction des besoins.
« C’est un local en devenir qui a vocation à rester en devenir. »
C’est un aménagement à minima pour une utilisation variée et immédiate. La transformation du local fait partie intégrante de la démarche puisque ces travaux ont éveillé l’intérêt des habitants avant le début de la résidence à proprement parlé. Une fois les travaux finis, la commune dispose d’un local atypique : La Boulang’.

Fin 2010 – Le conseil général du Puy de Dôme, fait appel au parc naturel du Livradois-Forez pour répondre à un appel à projet de La DATAR du Massif Central concernant l’accueil des populations sur leur territoire. Le Conseil Général fait le choix d’ouvrir la démarche sur le maintien des populations en place et l’accueil de nouvelles populations en promouvant l’habitat dans les centres bourgs.
« … parce que si on n’arrive déjà pas à maintenir les habitants qui sont là on ne risque pas d’en accueillir de nouveaux. »

Début juillet 2011 – L’Atelier Public d’Architecture « in situ in visu » ouvre ses portes trois jours par semaine. La résidence commence par l’appropriation du local par une équipe qui trouve rapidement ses repères. Le niveau rez-de-chaussée accueille les espaces de travail pour profiter de la vitrine. Travailler derrière la vitrine permet de s’exposer au regard de tous depuis la rueet capter l’attention des habitants.
« …c’est un enjeu important de dire : soyons disponibles. »
L’équipe a choisi d’utiliser une couleur unique pour signaler l’ensemble des actions et objets d’étude dans le village. Affiches, collages et peintures aux pochoirs, rose vif sont appliqués sur les maisons concernées, et à proximité des espaces publics, pour permettre aux habitants d’associer facilement la couleur rose au travail de l’équipe résidant à la Boulang’. Ces actions visibles depuis l’espace public sont destinées à retenir l’attention des habitants et à les inciter à venir chercher des renseignements au local. Les membres de l’équipe sont disponibles à tout moment pour répondre aux questions des intéressés. Ainsi, apparaissent des discussions sur des thèmes plus larges concernant l’aménagement de la ville, et des témoignages partagés sur les lieux.
Au cours de sa résidence, l’équipe est amenée à réfléchir sur différents thèmes.

La question de l’habitat est au coeur des préoccupations de la municipalité, plus précisément sur le thème de l’habitat de centre bourg. A Pérignat-sur-Allier, une typologie de logement est très présente, la maison vigneronne. Elle constitue près de la moitié des acquisitions communales dans le centre bourg. Une étude de cas sur cette typologie permet de réfléchir à un ensemble de propositions applicables aux différentes maisons vigneronnes du village. Les principales pistes de réflexion abordées portent sur : l’adaptation des habitations aux modes de vie contemporains, les possibilités d’agrandissement de ces petits volumes, et la rationalisation des travaux pour encourager les propriétaires à investir dans la réhabilitation de leurs biens.

Propositions d’interventions basées sur l’une des maisons vigneronnes du bourg. Agence Intérieur Rue Architecte

Après analyse du développement de la ville, l’équipe a identifié des espaces “de transition”. Ce sont les espaces non bâtis, situés entre le centre historique et ces extensions pavillonnaires. Ces lieux sont l’occasion de rassembler les différents éléments qui constituent le village. L’équipe pense profiter de ces interventions pour relier le tissu pavillonnaire diffus à celui très compact du centre bourg. Les propositions d’intervention sur ces sites sont des espaces partagés susceptibles de favoriser le vivre ensemble. Ils proposent : d’apporter la diversité programmatique faisant défaut dans les zones pavillonnaires, de rationaliser les systèmes constructifs pour répondre à une demande en logements à bas coût et de préserver l’atmosphère végétale de ces ‘’entre-deux’’.
L’équipe prône la sobriété dans l’aménagement des espaces publics en s’adaptant à l’existant.

« …l’espace public ça peut être fait en dehors du cadre de l’embellissement des travaux coûteux… ça peut être des interventions légères, qui sont pensées et ne coûtent pas grand-chose. »

Les aménagements des espaces publics doivent être simples, ponctuels et doivent enrichir ces espaces en s’appuyant sur leur réalité et leur potentiel. Par exemple, on peut supprimer une place de stationnement pour implanter un arbre et des assises, scier l’enrobé pour végétaliser les pieds des façades… Ces surfaces seraient appropriables par les habitants. Les membres de l’équipe proposent une stratégie de regroupement des stationnements présents le long des rues dans des poches de petite taille pour réduire leur impact dans le paysage et ainsi permettre de limiter les déplacements logement-stationnement. L’équipe propose un scénario de transformation de la D212 et de ses abords, en prévision de la déviation qui contournera le village. Ce scénario propose différents programmes à implanter sur l’axe et il recommande de ré-ouvrir l’entrée des maisons sur la rue.
La première résidence prend fin avec les difficultés financières rencontrées par l’agence Intérieur Rue Architecture. Au cours de cette expérience, Jean-Dominique Prieur a du faire face à un double objectif : initier une démarche de conception in-situ et organiser les conditions d’une résidence d’architectes sur une commune étrangère à ce type de démarche. La plus grande partie de son intervention reste du domaine de l’invisible. En effet, si la résidence n’a eu de réalité que durant 4 mois, le travail sur la commune a duré un an et demi. Malgré l’interruption de la démarche de façon prématurée, le fait qu’une première résidence ait pu avoir lieu, a permis à la municipalité autant qu’aux habitants de Pérignat de se familiariser avec une approche de l’urbanité et de l’architecture qui rompe avec les modes de conceptions classiques. Ce qui peut avoir comme conséquence de faciliter le renouvellement de ce type de résidence sur le territoire de la commune.

Agence Intérieur Rue Architecte

2011,16 et 17 Juin – Journées “rencontres : urbanisme participatif et créatif” à Busséol, à l’initiative des associations RELIER, PIXEL 13 et DE L’AIRE. Le but de ces journées est de permettre la rencontre de différents acteurs (élus, porteurs de projets, animateurs, médiateurs culturels, chercheurs, urbanistes et architectes) afin de partager sur les méthodes et pratiques associées aux démarches alternatives de programmation de l’habitat. Il s’agit de mettre en avant des expériences originales dans ce domaine. Cela favorise la mise en relation des acteurs intéressés par ce type d’approche, afin de chercher des solutions adaptées aux difficultés rencontrées dans la mise en application de ces démarches.
Jean-Pierre Buche présente la démarche entreprise à Pérignat au cours de l’un des ateliers de discussions. Il retrouve à cette occasion Hugo Receveur, qu’il a déjà rencontré lors des journées “Clermont au loin”. S’il montre de l’intérêt pour l’initiative mise en place par la commune, en venant au local pour voir le travail effectué au cours de la première résidence, l’idée de prendre en charge une nouvelle résidence ne semble pas le séduire.

2012, Automne – Des habitants, en accord avec la municipalité, transforment le jardin attenant à la “maison aux chats”, l’un des espaces “de transition”, en jardins partagés. L’installation de cet espace partagé rentre dans le cadre des recommandations faites par l’équipe de Jean-Dominique Prieur. Le jardin est investi par quelques habitants du centre bourg et le personnel du centre de loisir, qui vient avec des groupes d’enfants.
A la fin de l’été, une bourse aux graines est organisée par les utilisateurs du lieu. Malgré un faible nombre de visiteurs, on remarque qu’une partie de ceux qui ne participent habituellement pas au fonctionnement des jardins partagés profitent de l’occasion pour échanger des semences.

 

2012, Début Juin – La seconde résidence commence sur d’autres bases avec Hugo Receveur, pour « La Motrice, Paysage et Urbanisme » et François Laprononcière de « TRIAGONAL », architectes. Les termes de la résidence peuvent rapidement se résumer ainsi : les professionnels en résidence à la Boulang’ occupent le lieu en contre partie d’une journée mise à disposition des habitants de Pérignat-sur-Allier. Les autres jours, les professionnels sont libres d’utiliser les locaux à leur guise pour travailler sur leurs dossiers, en lien avec les réflexions menées sur le village ou non. Cette seconde résidence ouvre le local de la Boulang’ : BAU (Boutique d’Architecture et d’Urbanisme)
Dans les premiers mois de la résidence, l’équipe et la municipalité en partenariat avec la communauté de communes travaille à reprendre les travaux laissés en attente suite à l’étude ZPH. Les problématiques traitées par la démarche initiée sont élaborées en partenariat avec les collectivités. Cependant, les opinions au sein de la communauté de communes sont partagées, tant sur le fond que sur la forme. Une condition est rapidement avancée : la démarche doit s’étendre sur l’ensemble de l’intercommunalité.
En parallèle aux échanges menés avec les membres de la communauté de communes, la municipalité de Pérignat-sur-Allier ne souhaite pas attendre pour s’adjoindre les compétences de professionnels volontaires. La seconde résidence commence, avec le début des permanences pour les habitants. Des pistes de réflexions sont abordées par l’équipe en résidence tandis que d’autres sont avancées par la municipalité.

Le choix de travailler les questions de l’architecture et de l’urbanisme in-situ permet de se mettre à la disposition des citoyens porteurs de projets, des curieux venant s’informer sur la démarche, des nostalgiques venant voir ce que devient l’ancienne boulangerie, etc. C’est l’occasion de rencontrer les habitants au cours d’échanges spontanés et de les informer de l’existence des permanences gratuites mises à leur disposition tous les vendredis.
Voici comment se déroule une permanence : un habitant désireux de recevoir des conseils pour un projet, commence par pousser la porte de la Boulang’. Il est alors reçu par un professionnel à qui il explique son projet et ses attentes, les échanges se poursuivent souvent en visitant le lieu du projet. Les différents scénarios élaborés au cours des discussions sont ensuite illustrés par différents moyens : croquis, maquette 3D… Suite à un rendez-vous, les professionnels en résidence restent à la disposition de l’habitant pour répondre à toutes ses questions. La démarche de permanence favorise une prise de contact en dehors des cadres administratifs et inclus de facto l’habitant dans une démarche participative plus large. Cependant, cette approche a pour conséquence d’exclure les habitants non propriétaires de la démarche de fond. Le seul moment où les habitants locataires pourraient être concernés seraient lors d’ateliers ouverts ou de réunions publiques, qui ne sont pas au programme pour le moment.
Cette première approche est complétée par la réalisation d’un ensemble de maquettes à différentes échelles. En effet, le caractère ludique et matériel de ces objets interpelle naturellement les habitants, ce sont des supports privilégiés pour la discussion avec le grand public.

Scenarii d’évolution proposés à un habitant

Il a d’abord été réalisée une maquette topographique à grande échelle. Elle avait pour objectif la mise en volume du cadastre et facilitait l’appréhension du paysage. Le cadrage retenu permettait la représentation de l’ensemble des habitations de la commune. Ce point peut paraître anodin, mais ainsi chaque habitant pouvait se livrer au jeu de retrouver son logement sur la maquette. Cette approche a permis de confronter les habitants à leur territoire. Cet exercice a été surprenant car de nombreuses personnes ont eu plus de difficultés à localiser leur logement sur le volume de la maquette que sur un document cadastral bien plus abstrait, ce qui peut être révélateur d’une représentation imparfaite du paysage qu’ils habitent.
Dans un second temps, il est apparu que la réalisation d’un ensemble de maquettes au 1/50ème représentant une partie de l’îlot étudié pourrait servir à de nombreuses reprises. Cet ensemble illustrerait les pistes de recherche pour la transformation des maisons de bourg. Il est ainsi plus facile de comprendre l’influence des bâtiments les uns par rapport aux autres. Mais il est aussi intéressant de s’en servir de support pour un atelier avec les enfants, qui aurait comme objet : “la couleur dans la ville” avec comme objectif d’interroger le nuancier de la commune.
La résidence, les permanences, et les maquettes ont comme objectif commun de sensibiliser les habitants de Pérignat-sur-Allier aux questions d’architecture, d’urbanisme et aux conditions du vivre ensemble en ville, car l’ambition avouée est bien d’inscrire les habitants dans les processus de construction/reconstruction de leur ville qui pourrait aboutir à une révision plus ou moins importante des documents d’urbanisme.

Maquette topographique de Pérignat-sur-Allier
Maquette de l’îlot du Gazou à Perignat-sur-Allier

En plus de mettre au point des outils pouvant servir de base pour ouvrir le dialogue avec les habitants volontaires, ces premier mois de résidence ont vu débuter une tentative de réhabilitation d’une des maisons de l’îlot du Gazou. C’est aussi l’occasion d’explorer différentes pistes de transformation/adaptation du bâti. Le bâtiment retenu pour cette partie de l’étude est une maison vigneronne dite « maison Gérard ».
L’objectif était d’initier une démarche de réhabilitation en incluant les futurs habitants dans la démarche de conception de leur logement. Les deux futurs habitants volontaires sont les animateurs scolaires de la commune, résidents à Clermont-Ferrand. Ils sont chargés de l’accueil et de l’encadrement des élèves de l’école municipale, en dehors des heures de classe en période scolaire. Ils assurent aussi le rôle d’animateurs au centre de loisir du village. Leurs horaires de travail sont répartis sur la journée (matin, midi, et soir). L’augmentation du prix de l’essence et le temps perdu dans les transports les obligent bien souvent à rester sur leur lieu de travail le reste de la journée. La possibilité d’habiter à proximité de leur lieu de travail est donc une opportunité. Il s’agit alors de profiter de l’occasion pour mener une opération ayant valeur d’exemple et susceptible d’encourager d’autres personnes à envisager la possibilité d’entreprendre des travaux pour adapter leur logement aux attentes contemporaines de l’habitat.

Pour réaliser cette opération témoin, la municipalité est prête à prendre en charge les modifications de la maison retenue pour la mettre en location. Assurant le clôt, le couvert et la mise en conformité de l’installation électrique, le conseil municipal envisage de fournir un logement près à finir au locataire, pour produire un logement avec le minimum d’investissement public. Les locataires s’engageront à terminer le second oeuvre au cours des premiers mois de résidence dans le logement. Avant même le début de la phase de conception, une échéance est imposée par les futurs habitants : le logement doit pouvoir les accueillir, même sommairement, courant septembre pour qu’ils puissent réaliser l’isolation de l’habitation avant l’hiver. Le coût engendré par les travaux n’étant pas prévu au budget municipal, le début des travaux a été retardé. Les travaux n’étant toujours pas engagés début septembre, les animateurs ont fini par trouver d’autres lieux d’habitation pour l’année et l’un d’eux, sans attache sur le territoire, a finalement quitté la région, enterrant de ce fait l’intégralité du projet.

La précipitation dans la création du projet et l’implication financière de la municipalité expliquent sans doute son dénouement. L’engagement de fonds publics a été un frein si l’on tient compte des délais. Par ailleurs, dans un souci de transparence,, un comité de pilotage avait été mis en place, et l’extrême prudence dont il a fait preuve a considérablement ralenti le processus. Un autre élément d’explication est le fait que la municipalité de Pérignat-sur-Allier n’a pas vocation à jouer le rôle de bailleur et compte bien finir par vendre les habitations dont elle est aujourd’hui propriétaire. Même si elle ne compte pas faire de bénéfices dans l’opération : elle vise surtout à ne pas être déficitaire.

L’équipe a aussi souhaité élargir le périmètre d’étude à l’ensemble de la commune pour travailler la question de l’habiter dans le centre-bourg, sur ces franges immédiates, mais aussi ces extensions plus lointaines.
Le dernier constat important fait par l’équipe est que si la résidence doit se poursuivre tout au long de l’année, le local de la Boulang’ doit pouvoir être habité même en hiver. Or, il a été constaté que même au plus chaud de l’été, le local et son étage de boutique en particulier ont des températures particulièrement basses. Malgré la présence d’une petite cheminée munie d’un insert, l’équipe est très sceptique quand aux chances d’assurer le chauffage de l’ensemble du volume en période hivernale.
Les travaux non spécifiques seront assurés par les services techniques de la commune. L’architecte de l’équipe met au point un système constructif original en collaboration avec Laurent Cohadon, le responsable des services techniques, qui possède une solide expérience professionnelle en menuiserie et en agencement.

2010, mi-juillet – Le Parc Naturel Régional du Livradois-Forez lance la démarche « Habiter Autrement les Centre-Bourg ». En effet, les petites communes de son territoire sont face à un paradoxe : on assiste à une perte de population attirée par les grandes villes, et on constate un étalement urbain engendré par l’arrivée de néo-ruraux venus chercher l’image de la vie à la campagne à des prix modérés. Les communes rurales en perte de vitalité sont peu à peu transformées en cités dortoirs. Il semble urgent de trouver une réponse à la question « comment Habiter Autrement les Centres Bourgs ? » Lors de l’appel à projets, le Parc Naturel Régional du Livradois-Forez encourage l’adoption de démarches expérimentales pouvant inclure les municipalités et leurs habitants dans la réflexion. Six communes ont été retenues pour participer à l’étude. Trois d’entre elles seront prisent en charge par des écoles d’architecture et les trois autres par des équipes de professionnels. Ces trois dernières se sont développées dans des contextes différents, et les équipes auxquelles elles seront confiées ont proposé des méthodologies différentes.
La ville de La Monerie-le-Montel sera suivie par une équipe pluridisciplinaire, menée par David Robin. Il développera une forme de résidence minimum, occupant un local en centre bourg sur des journées prédéterminées pour travailler des questions précises.
La commune de Courpière est prise en charge par une autre équipe pluridisciplinaire réunie autour d’Hugo Receveur. L’équipe occupe un local municipal en plein centre bourg. Tout au long de l’étude, deux permanences par semaine sont assurées pour conseiller les habitants propriétaires et porteurs de projets. Des temps forts sont organisés ponctuellement avec d’autres intervenants questionnant d’autres aspects de pratiques urbaines. Le local est utilisé également pour présenter une exposition permanente évoluant au fil de l’avancée de la démarche.
Le village de Châteldon reçoit en résidence totale le Collectif Etc. composé d’architectes et d’une graphiste. Ils assureront la forme de résidence la plus poussée en habitant la commune à plein temps tout au long de la démarche.

2012, 30 Septembre – Quatrième édition de la journée des créateurs à Pérignat-sur-Allier. Cette manifestation est un petit marché de l’art en plein air. Elle vise à proposer une galerie à tous les artistes, amateurs ou professionnels, et aux artisans d’art. Son objectif et de promouvoir la création artistique originale.
A cette occasion, le local de la Boulang’ a ouvert ses portes. Tout au long de la journée, l’équipe a pu accueillir les visiteurs, souvent curieux, pour leur présenter l’objectif de la démarche et les éléments produits au cours des quatre premiers mois de la résidence.
Il était notamment présenté un prototype à l’échelle 1 du système constructif mis au point pour l’isolation thermique du local de la Boulang’. Ce dispositif a rencontré un intérêt certain. En effet, le principal obstacle à la réalisation pérenne de l’isolation du local est dû à l’importante humidité des murs, notamment à l’étage semi-enterré de la boutique. Du fait de l’implantation du bourg, de nombreuses habitations sont bâties sur un important dénivelé. La problématique de l’isolation de ces semi sous-sols est régulièrement rencontrée, et constitue un frein à l’aménagement de ces étages semi-enterrés. Les habitants intéressés ont particulièrement été attentifs à la nature des matériaux utilisés. C’est un exemple de mise à disposition des travaux réalisés au sein du local directement utilisables par les habitants.
Tout au long de la journée, un atelier, ouvert aux enfants, propose de colorier une ou plusieurs façades papier. Ces façades correspondent à celle de la maquette de l’îlot du Gazou et peuvent s’adapter à cette dernière. L’objectif de l’atelier est de débuter une réflexion sur la couleur des façades du bourg avec les habitants. La mise à contribution des enfants a permis de capter plus facilement l’attention de leurs parents sur le sujet. Les choix de couleurs et de compositions de façade réalisés par les enfants tranchaient avec les couleurs du village. Ainsi de nombreux visiteurs ont pu prendre conscience du mauvais état de nombreuses façades du centre bourg.
Ce jour-là, les visites sont nombreuses, les discussions abondantes. Pour beaucoup, bien qu’ils aient déjà entendu parler de la démarche par le bulletin municipal, l’affichage ou le bouche-à-oreille, c’est la première fois qu’ils passent la porte du local et s’informent sur son fonctionnement. La plupart des visiteurs habitent les lotissements du village, et s’ils sont majoritairement favorables à la démarche, mais ont du mal à voir comment ils pourraient être inclus dans l’ensemble des réflexions. Ils restent sceptiques quant à la prise en compte des avis exprimés au cours d’une telle démarche.

Bulletin municipal de Pérignat-sur-Allier, N°11 Octobre 2012
La Boulang’ reçoit de nombreux visiteur à l’occasion de la journée des créateurs.

2012, Octobre – Les travaux dans la Boulang’ prennent du retard car comme la première fois, les transformations intérieures sont assurées par les services techniques en plus des autres taches dont ils ont la charge. Les dérangements occasionnés par le chantier, et la température en baisse aboutissent à la suspension de la résidence, jusqu’à ce qu’un de ces facteurs soit résolu.

2012, Janvier – Les BTS aménagements paysagers du Lycée Louis Pasteur présentent leur étude concernant l’aménagement de la traverse. La commune a souscrit à la charte d’entretien des espaces publics avec le 3e niveau d’engagement, mise en place par la FREDON. Cet engagement correspond à l’abandon de l’utilisation de pesticides sur les espaces publics de la commune. Par souci de cohérence, la commune a travaillé sur la gestion différenciée des espaces verts et le choix d’espèces végétales adaptées au climat, en privilégiant, par exemple, les vivaces plutôt que les annuelles. L’intervention sur l’espace public pourrait prendre la forme de trous découpés dans les enrobés (20×20 cm). Les surfaces ainsi retrouvées seront proposées à la plantation par les habitants et riverains, qui pourront retirer les semences sélectionnées à la mairie. Cet aménagement ressemble aux propositions d’intervention sur l’espace public de l’équipe de Jean-Dominique Prieur, qui consistait à scier les revêtements de sol et au pied des façades pour les végétaliser.

2013, Mars – Suite aux divergences d’approches, qui apparaissent au cours de la démarche « Habiter Autrement les Centre-Bourg » Hugo Receveur et François Laprononcière mettent fin à leur collaboration. Ils présentent chacun un dossier de projets auprès de la communauté de communes, avec des équipes et des méthodologies différentes.
La démarche retenue est celle d’Hugo Receveur pour La Motrice, Paysage et Urbanisme, et David Miet pour Opléiades, propose une démarche avec laquelle ils sont familiers, le BIMBY (« Build In My Back Yard » référence ironique au « Not In My BackYard », démarche d’opposition menée par des habitants contre un projet dont ils considèrent qu’ils en subiront les nuisances). Cette démarche vise la mise en évidence du potentiel d’évolution des tissus pavillonnaires. Pour permettre cette évolution, les acteurs de la ville (élus, techniciens et habitants) doivent se mobiliser autour de ces questions afin de densifier et de renouveler ces quartiers. Le recoupement des intérêts des particuliers à valoriser leurs(s) biens immobiliers et la volonté d’une commune à diversifier son offre de logement, peut amener à modifier les règles d’urbanisme adaptées. Pour encourager et maîtriser ces initiatives individuelles, la démarche prévoit la mise à disposition d’un conseil au particulier en matière d’architecture et d’urbanisme. Les possibilités offertes par cette démarche réinterrogent la définition habituelle de croissance des villes sur trois points.

Configuration clasique d’une parcelle issue d’un tissu pavillonnaire à Pérignat-sur-Allier. La Motrice, Paysage et Urbanisme et Opléiades.

– D’un point de vue économique, c’est la possibilité de produire un urbanisme à moindre coût pour la commune et sans avoir à en maîtriser le foncier. Il faut pour cela encourager les propriétaires de maisons individuelles à mobiliser une partie de leur patrimoine foncier pour le vendre en nouvelles parcelles à bâtir. Les bénéfices dégagés peuvent être réinvestis par les propriétaires pour améliorer leur habitat.
– Sur le thème de la préservation de l’environnement, la démarche permet de densifier les tissus urbains existants, en produisant des maisons individuelles sans l’étalement urbain qui leur est reproché habituellement.

Possibilité de densification d’une parcelle issue d’un tissu pavillonnaire à Pérignat-sur-Allier. La Motrice, Paysage et Urbanisme et Opléiades.- Socialement, redonner aux habitants un rôle dans la production de l’habitat peut nouer un dialogue avec la collectivité pour décider ensemble d’une politique urbaine. Fonder sur un partenariat entre habitants et collectivités, ces initiatives permettent un recours facile aux entreprises de constructions locales.
– Cette démarche à destination des habitants de la communauté de Mur-ès-Allier pourra encourager des porteurs de projet à passer à l’action, fort des conseils reçus au cours des consultations organisées pour l’occasion. Les projets rapportés au cours de ces ateliers identifieront les principaux freins à la prise d’initiatives privées dans le logement en milieu pavillonnaire.
L’étude proposée par La Motrice, Paysage et Urbanisme est complétée par une étude de faisabilité sur des biens communaux en centre bourg. Chaque membre de la communauté de communes de Mur-ès-Allier fera l’objet de l’ensemble des démarches mises en place pour cette étude.

La communauté de commune de Mur-ès-Allier tranche en faveur de la proposition de l’équipe La Motrice, Paysage et Urbanisme / Opléiades. L’expérience avec la démarche qu’il propose rassure les élus quant à la capacité de l’équipe à mener à bien leur proposition d’étude. La possibilité offerte par la démarche BIMBY à produire des opportunités de création de logements neufs repose sur l’investissement privé et réduit un maximum l’investissement public, ce qui représente un argument très séduisant pour les élus.

2013, Fin-Avril – La démarche « Habiter Autrement les Centre-Bourg » prend fin, et comme on pouvait s’y attendre les premier résultats sont très variés. A La Monnerie-le-Montel, l’équipe a rencontré de grandes difficultés pour inclure la municipalité dans le processus de réflexion. L’attitude passive de la commune, qui attend les résultats de l’étude, compromet les chances de passage de relais entre l’équipe de professionnels et la commune.
La municipalité de Courpière a également eu du mal à s’investir dans la démarche. En effet, elle cerne mal la cohérence des différentes actions menées par l’équipe de professionnels. Le dialogue est d’autant plus difficile que des problèmes de communication sont constatés entre les membres de l’équipe et certains particuliers porteurs de projet. La municipalité souhaiterait voir aboutir rapidement des projets alors que dans ce type de démarche expérimentale, le processus de projet est long et incertain, les points d’achoppements sont nombreux. Pour l’équipe, la poursuite de l’activité de conseil architectural et réglementaire auprès des habitants serait une garantie de la transmission de la démarche, mais les moyens municipaux ne semblent pas suffisants.
De leur côté, et malgré un début difficile, le Collectif Etc. et la municipalité de Châteldon finissent par trouver leurs marques. La réussite de la démarche est un enjeu important pour le maire , qui est aussi président du Parc National Régional du Livradois-Forez. De son côté le Collectif Etc. comprend vite que s’il est indispensable d’inclure les habitants dans la démarche pour penser le projet, réussir à y associer la mairie est une solide garantie de voir les projets prolongés après leur départ. Si, dans ce cas, la municipalité s’est complètement appropriée le projet, l’absence d’une association qui puisse prendre le relais au départ du collectif pourrait limiter le potentiel de la démarche.

2013, 27 au 30 juin – La partie de la démarche destinée aux habitants proposée par l’équipe : La Motrice, Paysage et Urbanisme et Opléiades s’est déroulée durant quatre jours dans les différentes mairies de la communauté de communes de Mur-ès-Allier. Epaulée pour l’occasion de leurs équipiers habituels : David Miet et Thomas Hanss, paysagistes ; Thibault Racault, urbaniste ; Ophélie Ouknaz-Bougault, Clément Lannoy et Vincent Gabriel, architectes.
L’équipe est répartie dans les différentes mairies en fonction d’un planning pré établi en fonction des rendez-vous pris par les habitants. Durant une heure, l’un des professionnels reçoit un habitant pour étudier ensemble le projet d’évolution de son habitation, de ses propriétés foncières et ainsi échanger sur différents scénarios mis au point au cours de l’entretien. Au fil de la discussion, une maquette 3D est réalisée en support à la réflexion afin d’illustrer les différentes propositions élaborées.

Possibilité d’évolution d’une propriété issue de la périphérie du centre bourg de Pérignat-sur-Allier. La Motrice, Paysage et Urbanisme et Opléiades.

L’objectif de la démarche est double : apporter un service aux habitants, et collecter un ensemble de renseignements susceptibles d’influencer l’orientation de la politique urbaine de la commune de résidence.
Il s’agit bien de délivrer une aide, un conseil aux habitants participants. En leur apportant une expertise autant qu’un regard extérieur, les professionnels sont susceptibles de guider les habitants dans leur démarche personnelle. Que ce soit pour interpréter les documents d’urbanisme, projeter une division parcellaire ou l’implantation d’un agrandissement, les propriétaires peu rompus à ces exercices peuvent facilement se décourager. En les conseillant sur la nature des démarches à entreprendre, les intervenants rassurent et encouragent les habitants à devenir acteurs de l’évolution de leur cadre de vie.

Les conseils dispensés sont orientés en fonction des communes de résidence des habitants. Les propositions prennent d’autant plus de liberté vis-à-vis des documents d’urbanisme, lorsque la commune d’accueil compte entreprendre leur révision à court terme. C’est aussi une façon de faire émerger les principaux freins au développement d’initiatives privées dans l’évolution des villages. L’ensemble de ces éléments sont autant de pistes de travail pour les municipalités. Elles pourront s’en nourrir pour faire évoluer leurs documents d’urbanisme afin de les rendre plus pertinents vis-à-vis de l’évolution des désirs de leurs administrés. Elles accompagneront ainsi les changements d’aspiration de la population qui pourraient avoir lieux dans les années à venir.
Au cours des entretiens, il apparaît rapidement que les règles d’implantation du bâti et dans une moindre mesure les seuils de densité, notamment dans les zones de lotissements, sont les principaux freins à la mutation du tissu pavillonnaire. Sur ce type de sites, les projets sont nombreux et de natures très différentes : divisions parcellaires, agrandissements, aménagements de combles, adaptation de logements… La grande diversité de projets étudiés dans les espaces pavillonnaires s’explique par la souplesse de ce tissu lâche. Ce tissu permet d’importantes modifications, facilement réalisables.

22 entretiens à Pérignat-sur-Allier, autant de projets potentiels… La Motrice, Paysage et Urbanisme et Opléiades.

En revanche, l’identification de leviers pour influencer le re-développement des centres bourgs semble plus délicate. Les principaux freins sont hérités du bâti ancien et d’une trame très compacte. Les situations résultant de ces phénomènes laissent peu de marge de manœuvre à l’évolution du centre bourg. Leur résolution tient plus de solutions techniques et d’opportunités liées à la présence d’espaces non bâtis, jardins ou courettes, cas rares dans le secteur concerné.
On trouve deux types de projets : l’agrandissement du logement ou la création de terrasse pour bénéficier d’espaces extérieurs privés. L’agrandissement se fait en annexant l’un des bâtiments adjacent. Cela suppose de percer des murs très massifs, à la composition hétérogène, rendant hasardeux ce type de travaux et pouvant porter atteinte à l’intégrité du bâti. La création de terrasses est conditionnée par le fait d’avoir un espace extérieur privé à disposition. Ces rares espaces sont exigus et servent souvent de stationnement. Plusieurs projets proposent donc de créer une terrasse sur ces surfaces de stationnement.

Dans le contexte de centre bourg, les projets sont moins diversifiés, car une importante densité bâtie limite les possibilités d’évolution de son tissu.
La participation des habitants à la démarche est très variable en fonction des communes et indépendamment de leur taille. L’importance de la mobilisation est en fait à rattacher directement à l’implication des municipalités dans la démarche. Par exemple : La commune de Mezel a informé très tardivement ces administrés par un simple tract glissé dans le bulletin municipal. Les rares Mezelois ayant participé ont eu connaissance de la démarche par le quotidien LA MONTAGNE ou par les habitants d’autres communes. Les municipalités ont commencé à informer leur habitants dès que les dates de la démarche ont été fixées, plusieurs mois à l’avance, tandis que les supports et moyens de communication étaient multipliés, diversifiés et répétés.

C // Premiers résultats

Avec aussi peu de recul sur l’ensemble de la démarche, il est bien difficile de faire un bilan complet et objectif des aboutissements des démarches entreprises par les équipes des différentes résidences. Si pour le moment, aucune des démanches n’a directement abouti à la réalisation d’un projet, les pistes abordées au cours des résidences ont sans doute eu le mérite de sensibiliser la commune aux potentiels dont elle dispose.

Les réflexions amorcées par l’équipe Jean-Dominique Prieur / Julie Jouvenel au cours de la première résidence, ont non seulement été entendues par le conseil municipal, mais certaines ont été reprises par les membres de l’équipe de la seconde résidence qui les ont poursuivies et parfois expérimentées.
Il est plus que probable, que la création du jardin partagé dans l’une des zones de transition identifiée lors de leur analyse, ait été favorisée par la prescription de l’équipe. Ces lieux de transition devaient accueillir des espaces partagés pour permettre les échanges, les rencontres, et favoriser le vivre ensemble entre le centre bourg et ses prolongations. La définition donnée est volontairement ouverte, et en l’occurrence, a permis à une association de prendre le relais.

« Le jardin partagé est un lieu de rencontre, d’échanges et de partage…du travail de la terre, des savoirs faire et des idées, des plants à semer ou récolter. »

Les jardins partagés de Pérignat-sur-Allier proposent un jardin collectif pour mener des expérimentations ainsi que des parcelles individuelles. La cotisation annuelle est de dix euros par famille. En seulement 2 ans d’existence, l’association a déjà organisé plusieurs temps forts : Bourse aux graines pour échanger des semences, buffet d’automne avec les légumes du jardin collectif pour conclure l’année.
Un autre élément qui a trouvé un prolongement notable est le travail sur l’espace public le long de la D 212 qui traverse le village. La réflexion a été poursuivie par les BTS « Aménagements paysagers » du Lycée Louis Pasteur, qui ont pensé le fleurissement et l’aménagement de ces espaces. Sur certaines sections de la traverse, les élèves ont même retenu la proposition de découper les revêtements de sol pour végétaliser les espaces les plus contraints.
60 La boulang’ : Résidence d’architectes

Toutefois la plus importante contribution de la première résidence reste d’avoir réuni les conditions permettant d’accueillir à la Boulang’ de l’Atelier Public d’Architecture « in situ in visu », première résidence d’architectes et d’urbanistes sur la commune. La municipalité et les habitants de Pérignat ont pu se familiariser avec une approche de l’urbanité et de l’architecture en rupture avec les modes de conception classique. Cela facilitera le renouvellement de ce type de démarche sur la commune dans l’avenir….
Les apports de la Boulang’ : Boutique d’Architecture et d’Urbanisme, seconde résidence, sont encore invisibles, mais le succès rencontré par les ateliers BIMBY présage de notables modifications à court terme. Les éléments révélés au cours des entretiens influenceront certainement la prochaine révision du PLU qui engendrera des mutations ponctuelles sur l’ensemble de la commune. Les quelques échecs rencontrés lors des expérimentations sont autant de leçons pour de prochaines initiatives. La résidence a également permis d’étendre la démarche à l’ensemble du territoire de la communauté de communes.

Le choix de la résidence et la présence continue qu’elle assure tout au long de la démarche, avec le souci permanent d’accueil et de renseignements des visiteurs, ont sensibilisé la population du village aux enjeux architecturaux et urbains présents sur leur commune.
Le pari pris par la commune d’installer une résidence d’architectes et d’urbanistes dans un local emblématique de la vie de la commune, commence à porter ses fruits. Bien sûr, le fait que la démarche soit à l’initiative de la municipalité n’est pas spécialement plébiscitée par les Pérignatois. En effet, la participation n’est ni massive, ni spontanée. Pourtant une partie des habitants s’informe régulièrement des thèmes traités et répond volontiers lorsque des événements sont organisés. De ce fait, la participation des Pérignatois à l’atelier BIMBY a été plus importante que celle des habitants des autres communes de la communauté de communes.

Sur les 63 entretiens réalisés à Mur-ès-Allier, 1/3 concernent des habitants de Pérignat-sur-Allier. La Motrice, Paysage et Urbanisme et Opléiades.

Il reste beaucoup de travail pour que les habitants s’investissent activement avec d’autres acteurs dans la conception de leur espace habité, mais la sensibilité qu’ils ont acquis au contact des équipes de résidents, est une étape d’apprentissage leur permettant de prendre place dans ces discussions et ainsi devenir des acteurs à part entière de l’évolution de leur commune.
Sur les 63 entretiens réalisés à Mur-ès-Allier, 1/3 concernent des habitants de Pérignat-sur-Allier.

 

III / Regard critique

Dans cette dernière partie, nous prendrons le temps de comparer les différentes démarches expérimentées sur le département. Puis, nous tenterons d’identifier les différents freins et atouts des démarches développées.

A // Mise en perspective

Comme cela a déjà été dit, au cours de ces dernières années, les processus participatifs se sont multipliés suite à l’instauration de la CNDP (Commission Nationale pour le Débat Public). L’écrasante majorité de ces démarches sont aujourd’hui développées par les institutions administratives. Toutes les démarches s’accordent généralement sur le fait qu’il faut réduire l’écart entre la population et les instances décisionnaires pour pouvoir aboutir. Malgré cet objectif commun, les approches diffèrent et peuvent être classées en deux catégories.
La première catégorie regroupe les démarches qui ont recours à des entreprises spécialisées pour assurer la circulation des informations entre les experts et les profanes. Cette approche introduit, de fait, un intermédiaire entre les citoyens et les décideurs. Bien qu’il assure la communication entre les parties, la présence de cet intermédiaire limite le dialogue.
L’autre catégorie concerne les démarches qui privilégient un dialogue direct entre les différents acteurs des échanges. Ces démarches visent à produire un apprentissage collectif pour les acteurs en présence , où chacun contribue à la formation des autres.

Les démarches commandées par le PNR du Livradois-Forez pour les communes de Courpière, Châteldon et La Monnerie-le-Montel ou celle entreprise à Pérignat-sur-Allier, s’inscrivent toutes dans la seconde catégorie. Les équipes en résidence dans ces communes sont toutes constituées de professionnels de l’aménagement du territoire : urbanistes et architectes se mettent à la disposition des habitants. Ces démarches ont aussi en commun de proposer une étude en association avec les habitants pour aboutir à un projet partagé par les différents acteurs. L’un des aboutissements idéalement visé est, qu’à la suite de ces actions participatives, des collectifs ou des associations de citoyens puissent se créer et poursuivre ces réflexions , afin d’être porteur de changements concrets.

 

L’implication des municipalités au sein des démarches « habiter autrement les centres bourgs »

Si le désir de travailler sur l’évolution des centres bourgs est partagé par le PNR et les communes, la volonté de mener ces recherches au travers de démarches participatives provient davantage du PNR. En effet, les trois équipes de professionnels retenues ont proposé une approche participative en résidence sur les communes alors que l’appel à projet n’imposait pas ce type de processus, si bien que les municipalités n’ont pas pris conscience de l’importance du rôle qu’elles ont à jouer. Dans cette configuration, les municipalités ne se sont pas réellement engagées et semblent profiter d’un effet d’aubaine afin de bénéficier d’une étude subventionnée. De ce fait, l’une des priorités des équipes en résidence a été de sensibiliser les habitants sur le devenir des centres-bourgs, et de réaliser un travail d’apprentissage auprès des communes d’accueil. Par exemple, les municipalités de Courpière et de La Monnerie-le-Montel ont eu tendance à attendre les résultats de la démarche d’où s’est cristallisé un manque de synchronisation et de compréhension entre les municipalités et les équipes résidentes.

A Courpière, la méthodologie proposée prévoit un point fort : une semaine de résidence menée par le collectif Pixel 13.1 Leur approche consiste à transformer l’espace public pour interroger les pratiques liées à son utilisation. Suite à la réunion de retour sur expérience, il semble que cette démarche laisse les élus de Courpière perplexes. Ils n’en comprennent pas son utilité et doutent de sa pertinence , considérant que les moments de convivialité organisés avec les habitants 2 ne peuvent pas aboutir sur des pistes de réflexion pertinentes. La volonté de départ de cette démarche est de repenser et de faire évoluer le bourg en sollicitant les initiatives privées : c’est-à-dire de s’appuyer sur les actions de la population susceptible d’être moteur de changement (les propriétaires, les commerçants, etc.). Or la majorité des habitants présents lors de ces rassemblements est constituée de personnes non-propriétaires de leur logement, ayant des petits revenus, à la retraite ou en situation professionnelle précaire.
« Les gens présents étaient là, plus pour la soupe que pour autre chose ».
Si les sujets abordés au cours de l’étude avec les habitants ne sont pas portés par la municipalité, ils risquent de ne pas aboutir à un projet. Ainsi l’objet même de l’étude est mis en suspend.
A contrario, à Châteldon, la démarche voit la municipalité s’impliquer dans le processus proposé par l’équipe en place. Soucieuse du bon déroulement de l’expérimentation, la municipalité s’engage dans les discussions avec l’équipe et les habitants. Dès lors, elle s’approprie les réflexions amorcées et pourra les porter au cours des prochaines années.
Ces initiatives visaient à mobiliser les habitants pour qu’ils deviennent acteurs des transformations de leur espace habité. Mais dans les trois communes de la démarche « habiter autrement les centres bourgs », la population n’a pas poursuivi les réflexions amorcées après le départ l’équipe, comme l’avaient espéré les équipes en résidence et le PNR.

 

L’implication de la municipalité pour la démarche de la Boulang’

En revanche sur la commune de Pérignat-sur-Allier, l’approche participative du projet est revendiquée par la municipalité. L’équipe municipale a compris le rôle qu’elle devait jouer auprès des professionnels en résidence. Si elle laisse les résidents libres des orientations de leur étude, elle s’informe régulièrement de leurs avancées et s’implique volontiers pour apporter son aide lorsqu’elle est sollicitée. La démarche de la Boulang’ n’a pas encore soulevé les foules, mais la municipalité est prête à poursuivre les résidences. De plus, les résultats encourageants relevés lors du dernier temps fort (du 27 au 30 juin 2013) assurent la pérennité de cette démarche itérative.

La durée des interventions

Au-delà des méthodologies propres à chaque équipe, la principale différence d’approche entre les démarches « habiter autrement les centres bourgs » et celle initiée à Pérignat-sur-Allier avec la Boulang’ est la durée.
Le PNR du Livradois-Forez lance des études de huit mois sur les territoires. Ce sont donc des démarches qui ont un début mais aussi, et surtout, une fin. Généralement la fin d’une étude est accompagnée de résultats, or dans ces contextes, il parait impossible de prédéterminer la date à laquelle des résultats apparaîtront. En effet, en fonction du contexte, la sensibilisation des acteurs peut varier considérablement. Pour les démarches « habiter autrement les centres bourgs »précédemment décrites, les municipalités sont peu familières à ce type d’initiatives. Ainsi le temps de discussion et d’explication auprès des mairies se trouve compris dans la durée de l’étude, ce qui diminue d’autant le temps réellement consacré au dialogue avec les habitants. Dans la mesure où les démarches participatives ne sont pas répandues en France, les expérimentations comme celles-ci devraient être précédées d’une phase préparatoire. Ainsi les municipalités auraient conscience que leur comportement à un rôle non négligeable. C’est l’institutionnalisation des démarches participatives qui a eu pour conséquence une organisation préalable de ces expériences. Cela induit invariablement une limite dans le temps, difficilement conciliable avec la nature de ces démarches, où la réactivité des acteurs conditionne les résultats.
A l’inverse, la Boulang’ est le résultat d’une réflexion sur le centre bourg de Pérignat-sur-Allier. Elle a abouti à la création d’un local de résidence permettant de travailler la question du devenir du village, en encouragent les citoyens intéressés à s’investir dans la démarche. Le local offre la possibilité de multiplier

les résidences d’architectes et d’urbanistes sur son territoire, aussi longtemps que cela est nécessaire. Au cours des années écoulées, la souplesse du processus a permis de familiariser tous les acteurs, habitants et élus, aux enjeux auxquels la commune doit faire face et a occasionné une continuation du processus et le renouvellement des résidences.
Les processus décrits ici sont des démarches descendantes (top-down), où la demande vient des institutions politiques, donc « d’en haut ». Ainsi, pour que la transmission soit efficace, l’ensemble des échelons supérieurs doivent être plus impliqué que les échelons inférieurs. Si l’un des échelons supérieur ne s’investit pas, il sera d’autant plus difficile d’entraîner les échelons suivants. L’inscription de ces initiatives dans la durée est d’autant plus importante que les acteurs portant la démarche n’y sont pas familiers.

B // Limites

En cherchant à identifier les limites de ce type de démarche et plus particulièrement celle de la Boulang’, il en ressort deux catégories : les obstacles et les freins. Les obstacles sont des éléments sur lesquels la municipalité et les équipes ont peu d’influence ; les freins, quant à eux, sont un ensemble d’arbitrages ou de décisions qui peuvent être modifiés facilement pas ces acteurs.

Dans la partie précédente, nous avons vu que la municipalité de Pérignat-sur-Allier a pris un ensemble de mesures pour doter la commune d’un outil permettant de combiner la recherche sur les possibilités de transformation du centre bourg et la sensibilisation de sa population, aux questions de l’architecture et de l’urbanisme. C’est suite à une réflexion menée sur près de huit ans, que la municipalité a fait le pari d’inciter ses administrés à s’intéresser aux mutations auxquelles doit faire face le centre bourg, en particulier, et le village en général. Pour pouvoir envisager ces transformations collectivement, il est mis en place un système itératif dans lequel les intervenants sont libres du choix de l’approche et de la méthode. Ainsi, le local de la Boulang’ est mis à disposition, la seule exigence soumise aux équipes en résidence est d’inciter les habitants à prendre part aux discussions sur le développement urbain et architectural de leur village.
En assurant la continuité de la démarche par le biais de résidences successives, la municipalité inscrit cette initiative dans le temps. Ainsi, elle a rassemblé de bonnes conditions pour permettre l’émergence de projets urbains ou architecturaux, en y associant ses habitants. Toutefois, même avec trois ans d’existence, la Boulang’ est loin d’avoir atteint tout son potentiel, car de nombreux éléments brident son efficacité.

Les obstacles

Les spécificités de la démarche limitent le nombre de personnes susceptibles de vouloir/pouvoir mener une résidence.
Le fonctionnement de la démarche est en elle-même un obstacle à son déroulement. Les conditions de prise en charge de la résidence ne sont pas sans conséquence. En effet, occuper les locaux, se tenir à disposition des habitants, et mettre en place rencontres et ateliers, sont autant de conditions susceptibles de décourager les professionnels habitués aux études plus conventionnelles. La résidence prévoie, entre autres, que les actions menées dans les murs de la Boulang’ nourrissent la démarche. Des orientations prisent en cours de résidence, sont susceptibles de remettre en question de précédents arbitrages, ou de suivre des pistes dégagées durant des rencontres. Les études, au sens classique du terme, débuteront donc souvent après le début de la résidence.

« La Boulang’ c’est une méthode qui se construit en créant des morceaux, en en lâchant d’autres… L’important c’est que ça avance toujours. L’idée du lieu, moi je trouve ça séduisant, parce qu’il y a de la rencontre, des échanges. »

Cette attitude peut engendrer des situations délicates. Dans de nombreuses situations, les appels d’offres préalables aux marchés publics pourraient empêcher l’équipe qui a mis au point les termes de l’étude, de la poursuivre. A moins que l’appel d’offre soit rédigé pour exclure toutes autres équipes susceptibles d’y répondre.

« Un moment donné, pour ce type de démarche, il faut vraiment des gens qui soient vraiment investis. Qu’il soit pile poil à ce que tu veux faire »

L’obstacle est de l’ordre du montage de l’opération. Actuellement, la municipalité n’a pas encore trouvé de formule adaptée à la situation. Les études menées à la Boulang’ doivent pouvoir aboutir à des projets. Mais si les résidents mènent une étude qui abouti à un projet, et que celui-ci est ensuite développé par ces mêmes résidents, cela pourrait constituer une situation de conflit d’intérêt. C’est pour parer à ce type de reproches que le statut des CAUE a été révisé afin d’ interdire aux architectes-conseils la pratique de l’architecture sur le territoire qu’ils ont en charge6.
Les conditions et l’investissement personnel nécessaires à la conduite d’une telle résidence demandent aux professionnels une approche, un regard, et une curiosité particulières. S’investir dans une telle démarche dépendra donc du souhait de chacun des acteurs. Cette démarche n’est donc pas forcement adaptée à la pratique du travail traditionnel en agence.
4 Jean-Pierre Buche, maire de Pérignat-sur-Allier
5 Idem
6 Publication au JORF du 18 février 1978, Décret n°78-172 du 9 février 1978, Décret portant approbation des statuts types des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement mentionnés au titre II de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture.

Réserve de la part de la communauté de communes.

Du fait des particularités de la démarche, il est difficile de déterminer par avance les montants nécessaires pour accompagner les ateliers et les expérimentations mis en place par les résidents. Les résidences ne sont pas toujours programmées lors du vote des budgets municipaux. La commune de Pérignat-sur-Allier ne dispose pas de fonds suffisamment mobilisables rapidement pour appuyer les initiatives proposées par les résidents. Dans la mesure où les expérimentations sont généralement reproductibles sur l’ensemble de la collectivité de communes et qu’elles s’inscrivent dans la démarche ZPH, on pourrait s’attendre à ce que Mur-ès-Allier les soutienne activement. Or, lors de la démarche menée par La Motrice et Opléiades, la commune a conditionné sa participation financière de l’élargissement de l’étude à l’ensemble de son territoire. Si à chaque fois qu’une expérimentation ne peut être intégralement être prise en charge par la commune, la communauté de communes demande son élargissement, cela limite l’intérêt de l’expérimentation. En effet, en se limitant au territoire de la commune de Pérignat-sur-Allier, les risques sont limités en cas d’échec.
Une meilleure collaboration entre ces deux acteurs territoriaux pourrait assurer un fonctionnement plus souple aux prochaines résidences d’architectes et d’urbanistes. Devoir convaincre la communauté de communes de l’intérêt de l’expérimentation pour pouvoir la débuter, peut réduire considérablement la diversité de celle-ci. De plus, appliquer les expérimentations sur les cinq communes augmente le temps de l’essai et le nombre d’acteurs à informer et à mobiliser. En augmentant la complexité de l’étude, la condition imposée par la communauté de communes augmente également les coûts de la démarche, sans augmenter pour autant les chances de réussite.

L’indifférence des habitants.

Comme cela a déjà été constaté plusieurs fois, la principale difficulté rencontrée par les initiatives participatives lancées par les pouvoirs politiques concerne la mobilisation des personnes visées par le projet. En particulier dans le cadre d’initiatives portant sur l’urbanisme et l’architecture, qui questionnent directement la manière d’habiter. Car, si la majorité des citoyens vivent au sein d’agglomérations grandes ou petites, ils ont rarement l’occasion d’aborder les thèmes et questionnements relatifs à leur élaboration.

« Malgré tout on se rend bien compte à quel point il y a une distance entre les habitants et toutes les questions d’urbanisme, d’architecture, etc… »7

En absence de dialogue entre professionnels et habitants, il n’est pas étonnant que les différences de connaissance sur ce sujet ne cessent d’augmenter. Sans échange sur ces thèmes, l’incompréhension entre les habitants et concepteurs ne fera que grandir. Alors, pour rendre ces échanges possibles, il faut créer les conditions de rencontres de ces publics. Le plus délicat est de convaincre les habitants de l’utilité de la démarche. La nécessité de la remise en question des « modes d’habiter » n’est pas facilement perceptible par les habitants. En particulier lorsqu’une part importante d’entre eux a choisi de venir habiter la commune précisément pour habiter selon les termes remis en question.

« Le gars qui a fini de construire sa baraque et sa clôture, il a sa tondeuse, il invite ses potes pour l’apéro. Tu lui proposes des journées sur l’habitat, il va te répondre « Moi j’ai fini, j’habite ! »» 8

Une partie de cette incompréhension vient de l’amalgame qui est fait, par beaucoup, entre se loger et habiter. Habiter un lieu sous-entend davantage que d’y loger. La différence que l’on trouve entre habiter et se loger est la même qu’il y a entre un village et une cité dortoir, comme on en trouve à la périphérie des grandes agglomérations. Car la finalité de la démarche, plus que de produire de nouveaux logements, est de mettre en place les conditions pour combiner des dynamiques susceptibles d’émuler la vie du village.
La Boulang’ n’a pas vocation à rester sous contrôle municipal.

« Il faudrait qu’on finisse par pouvoir trouver un renouvellement suffisant pour qu’on puisse lâcher les manettes à des gens qui ont des projets, qui ont vraiment envie de s’impliquer… »

Pour le moment, ce scénario n’est pas encore à l’ordre du jour. Il reste un long chemin à parcourir avant d’en arriver là. C’est un pari sur l’avenir, mais les mesures mises en place pourraient bien porter leurs fruits.

Les freins

Une retenue de la mairie face aux habitants
A de nombreuses reprises, les indécisions de la municipalité ont remis en question la pérennité de la démarche. Cela pourrait s’expliquer en grande partie par le fait que la démarche ait débuté suite à un enchaînement de circonstances et de rencontres. Elle a été initiée lorsque la réflexion est arrivée à maturité et que l’étape suivante était le passage à l’action. En effet, une attente plus longue aurait brisé le dynamisme et la confiance face à des interlocuteurs globalement sceptiques. Mais cette initiative ne figurait pas au programme de campagne lors de la réélection du conseil municipal. La municipalité a donc quelques réticences à engager pleinement la commune dans cette action, craignant de ne pas avoir le soutien de ses administrés. Le conseil municipal a bien compris l’importance d’inscrire la démarche dans la durée mais craint qu’une implication trop importante de sa part, sans l’aval d’une élection, ne nuise à sa continuité.

La signalisation du local

Pour emblématique qu’il soit, le choix d’implanter le local dans l’ancienne boulangerie du centre bourg pose tout de même une question de visibilité. En effet, pour tous les habitants ayant connu la boulangerie en activité, il est aisé de la localiser, mais il n’en va pas de même pour les habitants récemment arrivés sur la commune. Car, si la Boulang’ bénéficie d’une situation centrale, la conservation des espaces de réception au niveau commercial, bien que bénéficiant de la vitrine, oriente le local sur une rue aujourd’hui peu empruntée. L’étage accessible depuis la place de l’église, autrefois rez-de-chaussée de l’habitation, ne présente aucun élément distinctif, mise à part une pancarte de fortune. En l’absence d’une signalisation adaptée, les nouveaux habitants ont souvent du mal à situer le local, même s’ils ont connaissance de la démarche. Or, s’il doit être la manifestation physique de la démarche, son manque de visibilité et de lisibilité depuis l’espace public pose problème.

Les travaux du local

Un autre frein est identifié : le recours aux services techniques de la commune pour réaliser les travaux du local, bien qu’économique, prolonge systématiquement la durée du chantier. En faible effectif, ils doivent assurer cet aménagement en plus de leurs tâches habituelles. Lors de la seconde résidence, des travaux d’isolation ont été jugés nécessaires pour permettre une utilisation à l’année du local. En effet, la vétusté des systèmes de chauffage et l’absence d’isolation le rendent inexploitable en hiver. Le retard pris sur ces travaux a empêché la poursuite de la résidence au cours de l’hiver pour ne reprendre qu’au début du printemps. La fermeture de la Boulang’ durant les trois ou quatre mois les plus froids de l’hiver a créé une rupture préjudiciable à ses activités de conseils et de sensibilisation auprès des usagers. En effet, pour communiquer une image positive et affirmer la détermination de la commune, la Boulang’ devrait pourvoir fonctionner toute l’année.

Au démarrage des travaux, l’objectif était clair : équiper le local pour accueillir des résidences à l’année en l’isolant et en le dotant d’un système de chauffage efficace. Mais au fil du temps, la municipalité s’est interrogée sur l’avenir du local à moyen terme. Il est vrai qu’en l’absence de mobilisation de la part des habitants, la Boulang’ reste vide entre deux résidences. Il est envisagé de proposer le local pour des résidences d’artistes en complément des résidences d’architectes. D’autres projets sont évoqués pour des usages ultérieurs, mais en fonction des scénarios envisagés, les investissements ne sont pas les mêmes. Les différents étages accessibles de plain pied offrent plusieurs possibilités de reconversion : le sous sol pourrait être transformé en salle associative, en espace jeune ou en annexe du centre de loisirs. Les autres étages pourraient accueillir la bibliothèque municipale et un appartement sous les combles. De plus, la possibilité de revendre l’ensemble du local pour offrir un logement supplémentaire en centre ville n’a pas encore été écartée. Tant qu’aucune décision n’aura été prise, dans l’une ou l’autre des directions, la situation restera bloquée.

C // Cette démarche originale réinterroge la pratique

La Boulang’ est un laboratoire permettant l’expérimentation à l’échelle 1 de démarches originales. Les professionnels en résidence peuvent mettre à l’épreuve ou affiner des démarches dans lesquelles ils sont prêts à s’investir. Il résulte de cette nouvelle forme de laboratoire, un apprentissage mutuel. Elus, habitants et professionnels s’enrichissent de leurs différents apports. En effet, les Pérignatois et leurs représentants ne sont pas les seuls à en tirer des enseignements. La Boulang’ est un lieu où les expériences professionnelles et sociales devraient être bénéfiques aux professionnels en résidence. Ainsi, elle est particulièrement adaptée aux architectes et urbanistes désireux de développer des alternatives à la conception traditionnelle.
La communication et les échanges, facilités par la proximité physique, favorisent la mobilisation des habitants pour qu’ils deviennent des éléments à part entière du projet de ville. L’un des objectifs de cette démarche se révèle être une mise en relation de différents individus, créant ainsi un réseau. Le regard porté sur la ville et son développement en devient d’autant plus complet. L’accumulation de témoignages, de visions et de compétences offre un atout majeur à la conception. Cela propose réellement de faire des habitants « de la matière à projet », où ils ne sont plus d’anonymes données théoriques mais sont bel et bien présents. Le partage de l’espace et le voisinage qui se développent entre ces différents acteurs, nourrissent le processus de conception. Ils remettent en cause la relation très hiérarchisée entre concepteur et consommateur en cherchant à inclure les habitants à toutes les étapes de définition de leur espace habité.
La pratique professionnelle en résidence comme le propose le local de la Boulang’ tend à questionner le travail plus conventionnel en agence. L’ouverture du lieu au public offre une organisation alternative de ces travaux en enrichissant leurs approches de nouvelles aptitudes basées sur la composante humaine de la conception. Les apports mutuels sont propices à la transformation des points de vues : les habitants en ce qui concerne des questions d’architecture et d’urbanisme, et des professionnels sur les pratiques réelles des citoyens. Cette approche nourrit l’idée que des projets peuvent être menés en s’adaptant, plutôt qu’en cherchant à persuader de leur justesse. Loin de niveler par le bas, ces démarches sont susceptibles de mieux préparer les habitants face à une situation de choix. Il est probable que les projets développés seront plus radicaux. L’hétérogénéité des compositions produites se rapprocherait davantage de la représentation contemporaine de la société, en rupture avec les modèles architecturaux hérités, souvent subis sans en avoir conscience.
Les trajectoires itératives proposées pas la succession de résidences permettent aux réflexions menées sur le village de s’adapter aux évolutions, parfois rapides, des pratiques et usages liés à l’habitation. L’inscription de ces réflexions dans le temps, pare au phénomène d’épuisement suite à une action très intense, mais sur un temps trop court. Elle permet d’accompagner efficacement les habitants sur le fond de la démarche. La remise en question autorisée par ce dispositif non linéaire permet d’éviter la fuite en avant, en autorisant le retour sur une étape précédente pour expérimenter une même problématique sous une autre approche. C’est probablement sur cet aspect du processus que les plus grandes évolutions culturelles sont à faire. Il faut en accepter les différentes étapes, avance rapide, incertitude, remise en question, rebondissement… que ce soit à l’échelle d’une résidence ou bien de l’ensemble de la démarche.
Face aux enjeux économiques, démographiques, et écologiques auxquels toutes les agglomérations françaises auront à faire face dans les années à venir, l’accompagnement de ces évolutions est cruciale pour garantir leur pérennité. En effet, la rupture avec les modèles de développement qui ont dominé ces dernières décennies (succès du modèle pavillonnaire et polarisation autour des grandes agglomérations) pourrait être brutale sans l’accompagnement adapté. Sans preuve de la pertinence et de la viabilité de modèles alternatifs, les évolutions pourraient être ressenties comme imposées. La multiplication de lieux d’expérimentation explorant librement ces pistes garantirait une réelle richesse dans les modes de conception, qui contribuerait à une diversité de leurs expressions. Avec encore un peu de travail la Boulang’ pourrait compter parmi ceux-là !

Conclusion.

La réflexion amorcée au cours de ce mémoire, porte sur une démarche participative atypique qui se déroule sur le territoire d’une petite commune du Puy-de-Dôme. Cette expérimentation est le résultat d’une réflexion portée par sa municipalité pendant près de dix ans. Elle a été initiée pour traiter les enjeux auxquels doit faire face la commune, qui sont liés aux modes de développement du territoire de ces dernières décennies et par la grande proximité de la commune avec l’agglomération Clermontoise.
Une courte rétrospective sur l’histoire des mouvements participatifs en France a permis de mettre en évidence l’inversion des rôles qui s’est opéré entre les années 1990 et 2000. Passant de mobilisations spontanées des citoyens à une incitation à la participation mise en place par les pouvoirs politiques.
La démarche telle quelle est expérimentée à Pérignat-sur-Allier repose sur le local de résidence ouvert aux professionnels de l’aménagement du territoire : paysagistes, urbanistes, architectes… : La Boulang’. Cette approche propose aux professionnels de vivre, d’habiter les lieux étudiés tout au long de leurs réflexions. Ainsi se crée une proximité (spatiale et sociale) avec l’objet de l’étude d’une part et avec ses habitants d’ autre part.
Le suivi de la démarche de la Boulang’ sur un an et la participation à des journées thématiques lors de deux des résidences du programme « Habiter Autrement les Centres-Bourgs » ont permit l’identification de différentes limites à prendre en compte dans ce type d’expérimentation.
Quand on aborde le thème de la participation des habitants, on insiste souvent sur l’importance du rôle pédagogique de la démarche pour sensibiliser les habitants. Mais les travaux effectués ont permis de mettre en évidence l’importance de l’attention qui doit être portée à l’accompagnement des municipalités. Les approches participatives ne sont pas encore intégrées à la culture de la société française. Pour changer cet état de fait, les élus au même titre que les habitants, doivent être formés à ces démarches.
Le second aspect mis en valeur par l’étude est l’importance du temps de la démarche. Pour impliquer les habitants dans un processus qui leur est étranger, il est indispensable de leur donner du temps afin qu’ils puisent intégrer tout les composants de leurs espaces habités. Ainsi ils pourront être acteurs, moteurs de ces évolutions.
Dans ce contexte, l’absence du passage à l’acte de construction et le manque de mobilisation de la part des habitants, ne signifie pas nécessairement une absence de résultats. Cela s’explique par l’approche non linéaire de la démarche qui apporte souplesse et adaptabilité, cherchant à produire des changements de fond dans les mentalités. Ainsi les résultats de ce processus ne sont pas manifestes.
La forme prise par la démarche de la Boulang’ s’apparente au « projet ouvert » tel qu’il est défini dans l’ouvrage, « Clermont au loin »

« Un projet ouvert, c’est d’abord essentiellement un processus, dont il faut accepter les mouvements de repositionnement, de flottement ou les accélérations soudaines. Il ne part pas de rien, mais démarre au milieu des choses, capable de dresser sa propre généalogie au milieu d’un ensemble de faisceaux qui ont rendu possible une action plus coordonnée. Il est sans échelle, ne progresse pas dans le sens où on l’attend […]. Le projet ouvert est tout sauf utopique : il rêve d’objet à sa portée et se nourrit d’observations » 1

Suite à la révolution numérique, les distances ont été abolies, permettant la connexion entre les personnes en dépit de leur éloignement. Ce qui a périmé une nouvelle façon de penser en réseaux. Ces dernières années, ce mode de penser a tendance à sortir du cadre strictement virtuel et s’est concrétisé au travers de phénomènes comme les Fab Lab, le coworking, …
La création de lieux dédiés comme celui de la Boulang’ pourrait devenir le pendant de ces phénomènes appliqués au domaine de l’architecture, de l’urbanisme et du paysagisme, favorisant les échanges entre professionnels mais également citoyens.

 

Références

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Glossaire

AMAP
Une Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne est un partenariat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de « paniers » composés des produits de la ferme. C’est un contrat solidaire, basé sur un engagement financier des consommateurs, qui payent à l’avance une part de la production sur une période définie par le type de production et le lieu géographique.
Les AMAP sont pour le paysan, le maintien de l’activité agricole par la garantie de revenu, pour le consommateur, des aliments frais, de saison, souvent biologiques, produits à partir de variétés végétales ou races animales de terroir ou anciennes et un prix équitable pour les deux partenaires. (Source www.actu-environnement.com)

Fab Lab
La notion de fab lab (contraction de l’anglais fabrication laboratory, pouvant se traduire par laboratoire de fabrication) désigne un lieu ouvert à tous où il est mis à disposition du public toutes sortes d’outils pour la conception et la réalisation d’objets, notamment des machines-outils pilotées par ordinateur. La caractéristique principale des fab labs est leur « ouverture ». Ils s’adressent aux entrepreneurs, aux designers, aux artistes, aux bricoleurs, aux étudiants et aux hackers en tout genre, qui veulent passer plus rapidement de la phase de concept à la phase de prototypage, de la phase de prototypage à la phase de mise au point, de la phase de mise au point à celle de déploiement, etc. Ils regroupent différentes populations, d’âge et de métier différents : ils constituent aussi un espace de rencontre et de création collaborative qui permet, entre autres, de fabriquer des objets uniques : objets décoratifs, objets de remplacement, prothèses, orthèses, outils… (Source : www.wikipedia.org)

Logiciels libres
Un logiciel libre est un logiciel qui est distribué selon une licence libre. Précisément, ce sont les licences libres qui définissent les logiciels comme tels.
Plus concrètement, cela se matérialise par le fait qu’un logiciel libre est un logiciel qui peut être utilisé, modifié et redistribué sans restriction par la personne à qui il a été distribué. Un tel logiciel est ainsi susceptible d’être soumis à étude, critique et correction. Cette caractéristique confère aux logiciels libres une certaine fiabilité et réactivité. Mozilla Firefox, Mozilla Thunderbird, OpenOffice.org et VLC sont des exemples de logiciels libres célèbres. (Source : http://aful.org/ressources/logiciel-libre)

Cigles :

L’EPF smaf
« Un EPF, établissement public foncier est un opérateur public qui intervient sur une aire de compétence, au service des stratégies foncières portées au sein de ce périmètre par les collectivités territoriales et/ou l’État. Il est en capacité, sur des durées longues, de mutualiser ses fonds propres et toutes participations financières pour la mise en oeuvre opérationnelle dans le court, moyen et long terme, de leurs projets. » L’Etablissement Public Foncier Smaf (Syndicat Mixte d’Action Foncière) créé depuis 1976, est au service des collectivités locales de la Région Auvergne. (Source « études foncières », ADEF, Hors série mars 2008 et http://www.epfsmaf.com)
Le SCoT
Le Schémas de Cohérence Territoriale est un document d’urbanisme qui détermine, à l’échelle de plusieurs communes ou groupements de communes, un projet de territoire visant à mettre en cohérence l’ensemble des politiques sectorielles notamment en matière d’urbanisme, d’habitat, de déplacements et d’équipements commerciaux, dans un environnement préservé et valorisé. Il a été instauré par la loi SRU du 13 décembre 2000. Le code de l’urbanisme fixe son régime aux articles L.122-1 et suivants. (Source : www.wikipedia.org)

Encadrement Amélie Flamand et Alexis Pernet.

Le domaine d’étude Écoconception des Territoires et des Espaces Habités propose un enseignement pluridisciplinaire du projet architectural et urbain, où s’articulent réflexion, conception et fabrication, dans l’optique d’une approche critique du développement durable. Il explore trois grands enjeux contemporains liés à l’aménagement de l’espace : la redéfinition des modes de conception sous l’angle de l’écologie, le projet comme processus itératif et l’habiter dans toutes ses dimensions. Le séminaire est un lieu d’initiation à la recherche et d’accompagnement à l’écriture et à la mise en forme du mémoire, qui accorde une large place à l’enquête de terrain, à la proximité avec les acteurs et à une investigation dans les mécanismes de production des espaces du quotidien.